Inclusion en milieu de travail et accessibilité : un atout, selon le CCDI

Par : Koralie Boyer, 24 septembre 2025
dernière mise-à-jour : 27 novembre 2025
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Homme en fauteuil roulant donnant une présentation devant un tableau blanc, avec des graphiques et des diagrammes dessinés. Photo de Ivan Samkov sur Pexels.com
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L’inclusion en milieu de travail et l’accessibilité passent avant tout par la compréhension de la réalité des personnes vivant avec un handicap, qu’il soit visible ou non. L’équipe de Capable Média s’est entretenue avec Anne-Marie Pham, Vice-présidente, Engagement au Centre canadien pour la diversité et l’inclusion (CCDI), qui propose certaines pistes pour défaire les préjugés et permettre aux futur·e·s employé·e·s de mettre pleinement en valeur leur potentiel.

Native du Vietnam, Mme Pham a vite fait de l’inclusion son cheval de bataille professionnel : « Je suis immigrante de première génération et, à l’âge de 15 ans, notre famille a déménagé au Canada », confie-t-elle. « J’ai toujours, comme bénévole ou travailleuse, fait du travail dans la diversité ou l’inclusion, puisque ça fait partie de mon identité et de mes valeurs », ajoute-t-elle. Fondé en 2013, le CCDI se définit comme un organisme de bienfaisance dont la mission est de rendre le Canada plus inclusif. Une mission simple, mais essentielle, selon Anne-Marie Pham : « On vise à créer une société où chaque personne est traitée avec dignité et respect et dans laquelle tout le monde peut avoir un accès équitable aux opportunités, au travail et aux ressources. » Une mission noble, certes, mais est-elle si facile à mettre en pratique?

Lire aussi : Inclusion en entreprise : et si l’inclusion devenait votre meilleur levier d’innovation?

L’inclusion en milieu de travail passe d’abord par l’accessibilité

Le premier pas pour inclure plus facilement les personnes vivant avec un handicap est de rendre le milieu de travail et les pratiques accessibles à tous. « L’inclusion en entreprise est essentielle, mais sans accessibilité, les personnes en situation de handicap, qu’il soit physique, cognitif, sensoriel ou invisible, continueront de faire face à des obstacles qui les empêchent de participer pleinement à la vie professionnelle », explique Mme Pham.

Si l’environnement de travail n’est pas adapté, la personne ne pourra pas travailler à son plein potentiel. Cela devient rapidement un frein à sa carrière que ce soit pour obtenir un emploi, le conserver ou accéder à une promotion même si elle possède tous les talents nécessaires.

L’accessibilité physique des lieux est aussi incontournable lorsqu’un employeur songe à engager une personne ayant des limitations. « Un manque d’accessibilité, comme des salles de réunion inaccessibles, une salle de bains non adaptée ou une rampe d’accès manquante, entraîne souvent de l’exclusion involontaire chez les personnes à mobilité réduite », mentionne Mme Pham. Elle précise que les adaptations pour rendre l’environnement plus accessible coûtent en moyenne 500 $ par personne, soit l’équivalent d’une chaise ergonomique par employé.

Selon elle, le fait de se heurter continuellement à des obstacles dans la vie professionnelle génère chez les personnes handicapées des impacts négatifs sur leur santé mentale et sur leur engagement envers la culture organisationnelle.

Tout est aussi une question de perception de l’autre

Pour Anne-Marie Pham, au-delà des aménagements matériels, l’inclusion repose avant tout sur la perception que nous avons de l’autre. Un handicap n’est pas un trouble à corriger, mais une façon différente de concevoir, ressentir ou percevoir les choses. Elle déplore qu’il y ait souvent un manque de compréhension ou de formation vis-à-vis du handicap.

« Je suggérerais aux employés concernés d’avoir plus de discussions avec les équipes de ressources humaines, ou encore aux entreprises d’inviter des experts afin de mieux comprendre et obtenir des exemples concrets sur la création de politiques et de pratiques inclusives », mentionne-t-elle. Cette ouverture éviterait des situations où les gens craignent le jugement des autres et contribuerait à un climat plus humain. À l’inverse, une personne qui se sent jugée par son supérieur pourrait cacher un diagnostic par peur d’être catégorisée comme “complexe”, privant ainsi l’entreprise de ses talents.

Voir le potentiel au-delà des limitations

Mme Pham donne l’exemple d’une personne dyslexique : « Peut-être qu’elle vit des défis avec la lecture, mais elle excelle dans la pensée visuelle ou la résolution de problèmes. Elle a un angle de perspective différent, ce qui génère de nouvelles idées et favorise l’innovation dans les milieux de travail. »
Une personne vivant avec un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) pourrait, à tort, être catégorisée comme incapable de se concentrer longtemps. Pourtant, elle peut apporter énormément d’énergie à des projets et se montrer très créative.

La Vice-présidente, Engagement encourage donc les employeurs à réfléchir à des façons de transformer ces différences en forces uniques pour leur entreprise.

Inclure la diversité dans la culture organisationnelle

Selon Mme Pham, il est important pour une personne vivant avec un handicap de bien se connaître et de savoir parler de soi en mettant en lumière ses qualités plutôt que de voir son handicap comme un défaut. « Une personne peut avoir plusieurs identités complexes et faire face à plusieurs barrières en lien avec celles-ci », explique-t-elle. Par exemple, une personne noire peut vivre avec un handicap invisible comme l’autisme.

Elle invite aussi les employeurs à revoir l’accessibilité de leurs processus de recrutement : « Si vous proposez un autre moyen de postuler aux personnes ayant des limitations, elles percevront que vous êtes plus ouverts à la différence. »

À l’interne, elle recommande d’encourager le dialogue et le partage d’expériences personnelles afin de réduire les préjugés. Elle suggère également aux entreprises de collaborer avec des organismes experts comme le CCDI pour bénéficier de formations en accessibilité et inclusion et améliorer leurs politiques internes.

Voir aussi : Les guides d’inclusion et guides pédagogique de la CCDI

Enfin, favoriser l’accessibilité et l’inclusion en milieu de travail n’est pas seulement une question de conformité ou de bonne volonté. C’est donner à chaque personne la possibilité de contribuer à sa pleine valeur et, du même coup, miser sur un moteur d’innovation et de créativité dont toutes les organisations peuvent bénéficier.


Cet article a été réalisé dans le cadre d’une campagne visant à soutenir le financement de la saison 2 du balado Capable, entreprendre sans limites.


Pour écouter l’entrevue vidéo avec Anne-Marie Pham, Vice-présidente, Engagement au Centre canadien pour la diversité et l’inclusion (CCDI) :

Auteur/autrice

  • Koralie Boyer

    Titulaire d'un baccalauréat en journalisme écrit et forte d'une dizaine d'années d'expérience en communications et dans l'industrie des médias au Québec et en Ontario, Koralie Boyer est atteinte de paralysie cérébrale depuis sa naissance, mais ne s'est jamais laissée définir par son diagnostic. Elle désire s'impliquer pour voir un changement significatif dans la communauté des gens vivant avec un handicap. Sa licorne de bataille est actuellement la maternité en situation d'handicap.

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