Quand l’école s’adapte à ses élèves neurodivergents, tout le monde y gagne

Par : Kim Auclair, 9 juin 2026
dernière mise-à-jour : 9 juin 2026
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Cinq écoles primaires du Québec ont participé au projet Pour des écoles neuroinclusives pendant l'année scolaire 2024-2025. Photo : Anastasia Shuraeva / Pexels

L’inclusion scolaire peut-elle changer quelque chose pour les élèves qu’on dit en difficulté ? Au Québec, près d’un élève sur quatre est identifié comme ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage. Pourtant, une bonne partie de ces élèves ne manquent pas de compétences. Ce qui leur manque, c’est un environnement qui leur permet de les montrer.

Une recherche publiée en mars 2026 par une équipe de l’Université Laval, dirigée par Marie Grandisson, et financée par l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ), apporte des données concrètes sur ce que ça donne quand l’école choisit de s’adapter. L’expérimentation a eu lieu dans cinq écoles primaires du Québec pendant toute l’année scolaire 2024-2025, dans les régions de Québec et de Sherbrooke. Les résultats sont encourageants, et ils rejoignent directement ce qu’on observe aussi en milieu de travail.

Ce que les chercheurs ont fait

Le projet s’appelle Pour des écoles neuroinclusives. L’idée derrière est simple : au lieu de concentrer tous les efforts sur l’élève qui a des difficultés, on travaille sur l’environnement de l’école entière.

Dans chaque école participante, une ergothérapeute formée à l’approche était présente au moins une journée par semaine. Son rôle n’était pas de travailler en individuel avec les élèves en difficulté. Son rôle était de travailler avec les équipes d’enseignants et d’éducateurs pour modifier ce qui pouvait l’être : les espaces physiques, les routines, les activités, et la façon dont on parle de la différence.

Au total, 52 membres du personnel scolaire, 8 directions, 6 ergothérapeutes et 16 élèves ont participé à la collecte de données. Les écoles venaient de deux centres de services scolaires distincts, avec des profils variés : écoles avec ou sans classes spécialisées, milieux favorisés et défavorisés.

Les effets concrets de l’inclusion scolaire

Les équipes-écoles ont réaménagé des classes, ajouté des repères visuels, délimité des zones dans les corridors et les cours de récréation, intégré des pauses actives dans les routines, et animé des ateliers sur la neurodiversité avec les élèves.

Ces changements peuvent sembler petits. Leurs effets, eux, ne l’étaient pas.

À la fin de l’année, 86 % des membres du personnel accompagnés rapportaient une hausse de leur confiance à soutenir les élèves neurodivergents. Plus de 80 % percevaient une amélioration du bien-être et de la participation de ces élèves. Et ce qui est peut-être le plus significatif : les effets positifs ont aussi été observés chez les élèves qui ne sont pas neurodivergents.

Un membre du personnel l’a exprimé simplement lors d’un forum de clôture dans une des écoles : « Ce qu’on voit, c’est que ça n’impacte pas négativement les autres, au contraire, soit qu’ils en bénéficient ou c’est neutre. »

Des élèves qui participaient peu ont commencé à lever la main. Des enfants qui se faisaient railler ont été davantage acceptés. Des enseignants qui se sentaient seuls ont retrouvé un sentiment de soutien.

Le même principe qu’en milieu de travail

Ce que cette recherche démontre à l’école, c’est exactement ce qu’une thèse de doctorat québécoise démontrait en 2025 pour les organisations : l’inclusion fonctionne quand on agit sur l’environnement, pas seulement sur la personne.

Lire aussi : Handicap invisible au travail : et si c’était aux organisations de s’adapter ?

Les élèves neurodivergents d’aujourd’hui entrent sur le marché du travail dans quelques années. Ce qu’ils vivent à l’école façonne leur rapport à leurs propres compétences, leur capacité à demander de l’aide, leur sentiment de légitimité.

Une école qui leur dit que leur cerveau est une richesse, pas un problème à régler, prépare un adulte qui saura mieux naviguer dans une organisation. Et une organisation qui comprend ça sera mieux préparée à les accueillir.

Ce qui reste à faire

La recherche est encourageante, mais n’est pas finale.

Les chercheurs eux-mêmes soulignent que le manque de temps du personnel, les ressources limitées et le roulement dans les directions ont freiné certaines écoles. L’approche demande un engagement sur toute une année, une direction qui croit au projet, et un minimum de budget pour libérer les enseignants lors des formations.

Enfin, cinq recommandations ont été formulées dans le rapport, dont celle de proposer cette vision comme orientation commune à toutes les professions de soutien dans les écoles : ergothérapeutes, orthophonistes, psychoéducateurs, psychologues. Ce n’est pas un projet d’ergothérapie. C’est un projet d’école. Tout comme l’inclusion en entreprise. Ça ne se repose pas sur un seul gestionnaire. C’est une responsabilité partagée.


Foire aux questions

Qu’est-ce qu’un élève neurodivergent ?

Le terme regroupe les élèves autistes, ceux qui ont un TDAH, des troubles d’apprentissage ou d’autres conditions neurodéveloppementales. Au Québec, ils représentent au moins 15 % des élèves, selon les estimations des chercheurs.

Qu’est-ce qu’une école neuroinclusive ?

Une école qui adapte ses environnements, ses activités et ses routines pour réduire les obstacles à la participation de tous les élèves, en particulier les élèves neurodivergents. L’objectif n’est pas de tout uniformiser, mais de rendre l’école plus accueillante pour une plus grande diversité de profils.

Quel est le lien entre l’école et le milieu de travail ?

Les deux milieux partagent le même défi : créer des environnements qui permettent aux personnes neurodivergentes de contribuer pleinement. Ce que l’école met en place aujourd’hui influence directement l’adulte que l’élève deviendra, et sa capacité à évoluer dans une organisation inclusive.

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