Neurodivergente, oui. Professionnelle, bien sûr — parce que penser autrement, c’est aussi contribuer autrement. Ce texte est une invitation à reconnaître la richesse des trajectoires non linéaires. Il s’inspire de mon expérience, mais aussi de celle de nombreuses personnes qui vivent et travaillent avec le TDAH, chacune à sa manière.
Une rencontre qui m’a marquée
J’ai récemment participé à un épisode de la série média Capable – Entreprendre sans limites, produite par Kim Auclair, une entrepreneure vivant avec une surdité depuis la naissance, engagée à démontrer que le handicap n’est pas un frein à l’innovation ni à la réussite entrepreneuriale. La série est présentée par BDC et l’épisode auquel j’ai participé aux côtés de Mélissa St-Louis, cofondatrice de Nüense nous a permis d’explorer la neurodiversité au travail — un sujet qui me touche profondément.
Dès mon arrivée au studio Nomad.tv à Shawinigan, avec ses briques rouges et sa lumière douce, j’ai ressenti ce que l’inclusion devrait toujours évoquer : un sentiment de sécurité, de confort, d’accueil. Ce jour-là, ce n’était pas juste un enregistrement : c’était une rencontre humaine. Dans cet espace bienveillant, nous avons parlé de ce que signifie être neurodivergente au travail, de la richesse de nos différences, et de l’importance de créer des environnements où chacun·e peut s’épanouir, peu importe sa façon de penser ou de contribuer.
Comprendre la neurodiversité
Ce qui a réuni Melissa et moi, c’est un diagnostic tardif de TDAH — une révélation qui ne nous définit pas, mais éclaire nos parcours. La neurodiversité reconnaît que chaque cerveau est unique. Le TDAH, en particulier, affecte la régulation de l’attention, le contrôle des impulsions et les fonctions exécutives comme la planification, la concentration et le passage à l’action. Pour Melissa, la neurodiversité est à la fois une réalité biologique, une grille de lecture sociale et un mouvement vers une inclusion plus profonde.
Environ 20 % des personnes sont neurodivergentes. Leur créativité, leur intuition, leur capacité à penser autrement sont souvent à l’origine de l’innovation — surtout en entrepreneuriat.
Entreprendre en mode extrême
C’est cette neurodivergence qui a poussé Melissa à transformer son propre vécu en moteur de changement. Après un épuisement professionnel et un diagnostic qui a tout changé, Melissa a cofondé Nüense pour combler un vide criant en matière de neuroinclusion au Québec. Elle a foncé, malgré les embûches : méconnaissance du sujet, commentaires maladroits, difficulté à trouver des clients prêts à innover.
Elle décrit l’entrepreneuriat neurodivergent comme un jeu vidéo en mode extrême. Imaginez un canard : calme en surface, mais qui pédale frénétiquement sous l’eau. C’est ce que peut ressentir la vie avec le TDAH. Mais avec les bons outils, du soutien et une dose de compassion, on peut non seulement jouer… mais gagner.
Melissa en témoigne : malgré tout, elle avance. Elle crée. Elle transforme.
Dire ou ne pas dire : le choix de se montrer
L’inclusion commence par la compréhension — et parfois, ça passe par le courage de dire : “voici comment je fonctionne.” Mais comme le rappelle Melissa, le dévoilement est un choix profondément personnel. Les taux de divulgation restent faibles, freinés par la peur du jugement, le manque de sensibilisation ou les obstacles à l’accès au diagnostic.
Et puis, il y a le poids des mots : au sens légal, la neurodivergence est un handicap. Cocher “oui” dans un formulaire d’autoidentification m’a demandé du temps — non pas par doute, mais parce que je ne me reconnaissais pas dans une définition trop rigide. Pourtant, oui : je suis neurodivergente. Oui, c’est un handicap. Invisible, mais bien réel. Le reconnaître, ce n’est pas se limiter — c’est se donner le droit d’exister pleinement, sans devoir prouver qu’on mérite d’être compris.
L’inclusion, c’est l’affaire de tout le monde
Parler de neurodiversité, c’est bien. Mais créer un environnement où elle peut s’exprimer librement, c’est mieux.
Pour Melissa et son entreprise Nüense, tout commence par les gestionnaires : former ceux qui accueillent, guident et prennent des décisions ; revoir les politiques internes ; mettre en place des mesures d’adaptation claires. Il nous faut des chemins balisés, des repères visibles, pour que chacun sache où se tourner — sans avoir à se justifier ou à se battre.
À BDC, j’ai la chance de travailler dans une culture qui permet l’ajustement, l’écoute et la co-création — avec un groupe-ressource d’employés sur l’accessibilité et une formation obligatoire sur la diversité.
L’inclusion vit dans les gestes du quotidien — souvent simples et humains — qui nourrissent la confiance et la collaboration. Et ces gestes, chacun peut les adopter :
• Envoyer l’ordre du jour à l’avance.
• Permettre de contribuer à l’oral ou à l’écrit.
• Observer sans juger.
C’est dans ces détails que naît un climat de sécurité. Et c’est ensemble qu’on le construit.
Une inclusion vécue — et bâtie
L’inclusion ne se décrète pas. Elle se tisse dans les actions quotidiennes, les politiques de soutien et les cultures qui embrassent les différences sans chercher à les lisser. La neurodivergence n’est pas un défaut à corriger, mais un autre chemin à emprunter — parfois sinueux, souvent créatif, toujours digne de reconnaissance.
Si ce texte peut aider ne serait-ce qu’une personne à se sentir un peu plus vue, entendue ou légitime dans sa façon d’être au travail — alors, comme le canard qui pagaie sous la surface, je saurai que j’ai fait avancer les choses.
Je remercie Kim Auclair et l’aide des partenaires d’accueil Tourisme Shawinigan et Centre d’entrepreneuriat Alphonse Desjardins pour leur accueil et le lancement de cette nouvelle saison du balado Capable. Grâce à vous, la voix des entrepreneurs en situation de handicap continue de rayonner.
Ensemble, poursuivons la construction d’un monde plus inclusif.


