Finandicap : Quand le handicap peut servir de levier financier

Par : Koralie Boyer, 23 juin 2025
dernière mise-à-jour : 28 mai 2026
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Un homme à la barbe rousse fourni, assis dans un fauteuil roulant, travaille sur un ordinateur portable dans un espace de travail moderne. Il porte une chemise beige et un pantalon roulé au bas. Il est entouré de fauteuils et semble participer à une réunion informelle. Crédit photo : Andrej Lišakov / Unsplash.
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À compter de juillet 2025, le gouvernement fédéral introduira la nouvelle Prestation canadienne pour les personnes handicapées 2025. Grâce à cette prestation, les personnes admissibles pourront recevoir un montant pouvant aller jusqu’à 2 400 $ par personne selon leur revenu actuel et celui de leur conjoint⸱e de fait ou époux⸱se, s’il y a lieu. Dans un contexte économique plutôt incertain, ce coup de pouce financier sera le bienvenu pour plusieurs.

Mais au-delà de cette prestation fédérale, d’autres outils financiers restent méconnus – surtout pour les personnes en situation de handicap qui veulent travailler ou se lancer en affaires. C’est d’autant plus vrai que la Prestation canadienne pour les personnes handicapées 2025 ne couvrira pas tous les besoins liés à l’autonomie financière ou au démarrage d’un projet.

C’est pourquoi Capable Média s’est entretenu avec Guillaume Parent, conseiller en sécurité financière et fondateur de Finandicap, une entreprise spécialisée en accompagnement financier pour les personnes en situation de handicap et leurs proches. Ensemble, nous avons exploré des solutions concrètes pour bâtir son autonomie financière et trouver des moyens d’aller chercher plus de ressources, même en dehors des prestations traditionnelles.

Lire aussi : La Prestation canadienne pour les personnes handicapées entre en vigueur: ce qu’il faut savoir

Faire reconnaître son handicap pour obtenir une indépendance financière

Selon M. Parent, en ce moment au Canada et au Québec, il existe plus de 120 programmes financiers accessibles pour les personnes vivant avec un handicap, visible ou non. La grande variété des programmes, aux critères plus ou moins différents les uns des autres, peut faire peur à prime abord. C’est là que l’accompagnement de Finandicap peut faire la différence. « Les comptables et les conseillers financiers ont survolé, parfois, certains concepts dans leurs cours mais ils ne sont pas allés en profondeur et n’ont pas, non plus, fait de promotion particulière auprès de cette clientèle-là ». Guillaume fait également de l’éducation financière afin de promouvoir les finances autrement auprès des personnes vivant avec un handicap.

M. Parent conseille d’abord à toutes les personnes en situation de handicap qui sont en mesure de travailler de faire reconnaître leur handicap ou leurs incapacités par Revenu Canada et Revenu Québec au plan fiscal. « Il y a des programmes qui vont compenser le fait que travailler, que tu sois entrepreneur.e ou non, entraîne souvent des coûts supplémentaires ». La porte d’entrée vers une santé financière saine, selon le conseiller financier, est le Crédit d’impôt pour personne handicapée (CIPH). « On parle d’un congé d’impôt d’environ 1 800 $ par année », précise Guillaume. Ce crédit donne ensuite accès à une dizaine de programmes au fédéral comme l’allocation pour enfant handicapé ou le Régime enregistré d’épargne invalidité (REEI), entre autres.

Des mesures provinciales pour favoriser l’employabilité

Depuis les années 2000, Emploi Québec gère la mesure du Contrat d’intégration au travail (CIT). Selon M. Parent, le CIT implique « qu’au Québec, un employé, qu’il soit embauché par une entreprise ou par votre propre compagnie incorporée, a droit à une subvention salariale qui dépend d’un niveau de productivité ».

Si vous avez démarré une entreprise incorporée qui a fait ses preuves, vous pouvez donc bénéficier de ce programme. Le processus est simple : vous devez d’abord contacter un organisme spécialisé comme les SEMO (Services externes de main-d’œuvre) ou La Relance en Outaouais, qui évaluera votre profil selon vos aptitudes et votre productivité. Par la suite, une subvention correspondant à l’écart de productivité sera versée directement à votre entreprise, lui permettant ainsi de vous verser un pourcentage de votre salaire complet.

Lors de notre entretien avec M. Parent, il a également mentionné qu’il était déplorable, selon lui, qu’un programme comme Sphère Québec, qui venait en aide aux entrepreneur⸱e⸱s en situation de handicap durant leur première année d’opération, ait été aboli en 2024.

« Cette mesure-là a été fermée car la plupart des projets n’aboutissaient pas ou ne créaient pas d’emplois à long terme », explique le conseiller financier.

Par contre, cela ne veut pas nécessairement dire que les entrepreneur⸱e⸱s sont abandonné⸱e⸱s par le système pour autant.

« Toute personne qui entreprend, avec ou sans handicap, est d’abord une personne entrepreneure », affirme le fondateur de Finandicap.

Il existe donc d’autres mécanismes ou incubateurs en entrepreneuriat pour aider ceux et celles qui ont des projets et de l’ambition.

M. Parent mentionne que lorsque les entrepreneur⸱e⸱s paient pour une adaptation ou un service leur permettant d’être plus productif⸱ve au travail, ces produits et services sont souvent déductibles d’impôts.

« Au début, je payais un accompagnateur pour m’amener sur la route voir des clients », raconte Guillaume. « À la fin de l’année, j’avais ma déduction d’impôts qui remboursait environ 36 % de ces frais-là ».

Un outil non négligeable si on veut éviter des coûts supplémentaires.

L’importance d’un bon réseau

Guillaume Parent mentionne finalement que si vous avez la fibre entrepreneuriale, vous devez sortir de chez vous et de votre zone de confort pour vous faire connaître. Ce n’est pas pour rien que le réseautage est un outil important pour les entrepreneur⸱e⸱s.

« Allez parler à des client.e.s potentiel⸱le⸱s dès le jour 1 », clame-t-il.

Il s’agit aussi d’une excellente façon de briser certains préjugés que l’on peut avoir envers les personnes qui ont des handicaps, visibles ou non.

Ne pas attendre la perfection avant de se lancer

« Si votre projet est bon, s’il répond à un besoin, si vous êtes capables de le mener à terme, n’attendez pas avant de sauter dans les opérations », conseille M. Parent.

Il suggère aux entrepreneur⸱e⸱s de produire de la liquidité rapidement et de maintenir au minimum les coûts fixes reliés à leur entreprise. Ceci permettra de démontrer aux prêteurs, qu’ils soient institutionnels ou privés, la viabilité de votre projet et les rassureront sur votre capacité de rembourser un prêt éventuel.

Enfin, la Prestation canadienne pour les personnes handicapées représente un point de départ. Mais bâtir son autonomie financière demande aussi une bonne connaissance des programmes existants, un accompagnement adapté… et surtout, la capacité à créer ses propres opportunités.


Cet article a été réalisé dans le cadre d’une campagne visant à soutenir le financement de la saison 2 du balado Capable, entreprendre sans limites.


Pour écouter l’entrevue vidéo avec Guillaume Parent, conseiller en sécurité financière et fondateur de Finandicap :

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2 commentaires

  • Audrey Lessard

    Merci pour ce texte, c’est intéressant et inspirant de voir que des ressources existent, qu’il y a des medias aussi qui mettent de l’avant la réalité de personnes en situation de handicap. Je vais aller rechercher plus loin pour voir les critères d’admissibilité de programmes mentionnés, ça m’intrigue. Merci encore.

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