Un Canada accessible d’ici 2040 : ce que le 4e Congrès canadien a mis en lumière

Par : Kim Auclair, 28 mai 2026
dernière mise-à-jour : 28 mai 2026
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Personne utilisant un fauteuil roulant sur une promenade en bois, entourée de passants. Vers un Canada accessible - 4e Congrès canadien sur l'inclusion.
Photo : Kampus Production / Pexels

La Semaine nationale de l’accessibilité aura lieu du 31 mai au 6 juin 2026. Pour l’occasion, des dizaines de leaders à travers le Canada se sont réunis virtuellement pour le 4e Congrès canadien sur l’inclusion des personnes en situation de handicap (CCPSH). Pendant près de quatre heures : des élus, un commissaire fédéral, des chercheurs et des personnes directement concernées. Une seule question centrale : comment bâtir un Canada accessible d’ici 2040?

J’ai participé à cet événement pour Capable.Media. Voici ce qui en est ressorti.


« Rien sans nous » : pas un slogan, une méthode

Le principe nothing without us (rien sans nous) a traversé toute la journée comme un fil conducteur. Leslie Church, députée de Toronto–St. Paul’s qui occupe le poste de secrétaire parlementaire auprès des secrétaires d’État au Travail, aux Aînés et aux Enfants et Jeunes, ainsi qu’auprès de la ministre de l’Emploi et des Familles (Personnes en situation de handicap), l’a dit sans détour dans ses remarques d’ouverture : ce principe n’est pas une formule de relations publiques. C’est un guide pour faire les choses correctement.

Christopher Sutton, Commission canadienne des droits de la personne, a tenu le même discours. Son mandat : identifier, prévenir et supprimer les obstacles à l’accessibilité partout au pays. Sa conviction : les progrès durables viennent toujours de l’expérience vécue, pas de politiques conçues sans les personnes concernées.

Le message de fond : les personnes en situation de handicap ne sont pas les destinataires de solutions pensées sans elles. Elles en sont les architectes.

La perspective autochtone sur le handicap : un angle trop souvent absent

L’un des moments les plus marquants de la journée est venu de la Dre Rheanna Robinson, professeure associée à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique et membre de la nation métisse affiliée à la Fédération métisse du Manitoba.

Diagnostiquée avec la sclérose en plaques à 19 ans, elle a partagé comment son regard sur son propre handicap a changé grâce à des aîné·e·s et des leaders de sa communauté. Ses recherches portent aujourd’hui sur les expériences des peuples autochtones vivant avec un handicap.

Son constat est direct : les deux grands modèles de handicap utilisés au Canada, le modèle médical et le modèle social, ne reflètent pas les valeurs, les connaissances et les traditions des peuples autochtones. Dans une perspective autochtone, l’accessibilité ne se limite pas à supprimer des barrières physiques. Elle est ancrée dans les relations, la communauté et la transmission des savoirs d’une génération à l’autre.

Elle a aussi rappelé l’héritage des pensionnats et de l’institutionnalisation, dont les effets continuent de se faire sentir aujourd’hui dans les communautés autochtones. Une réalité que les politiques d’accessibilité ignorent encore souvent.

La technologie : levier d’inclusion ou miroir de l’exclusion?

La technologie, et l’intelligence artificielle en particulier, a occupé une bonne partie des discussions du panel. Les perspectives étaient nuancées.

Eyra Abraham, fondatrice de Lisnen, une start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle qui aide les personnes malentendantes à percevoir les sons habituellement inaccessibles, tels que les alarmes incendie et les coups frappés à la porte. Elle a rappelé le principe du curb cut effect : ce qui est conçu pour les personnes handicapées finit souvent par profiter à tout le monde. La reconnaissance vocale, par exemple, a d’abord été pensée pour des personnes avec une mobilité réduite. Aujourd’hui, elle est utilisée par des centaines de millions de personnes chaque jour.utilisée par des centaines de millions de personnes chaque jour.

Sa position : les développeurs technologiques devraient avoir l’obligation d’intégrer les personnes handicapées dès la conception de leurs produits, pas en fin de parcours. Elle fait le parallèle avec les exigences de logements abordables imposées aux promoteurs immobiliers.

Gabi De Leon, créatrice de contenu sur TikTok, Instagram et YouTube, a soulevé un risque concret : des entreprises qui veulent montrer des personnes handicapées dans leurs publicités pourraient utiliser l’IA pour les « créer » virtuellement, au lieu d’engager de vrais acteurs ou actrices handicapé·e·s. L’IA peut améliorer la productivité des personnes handicapées, dit-elle, mais elle peut aussi les exclure du marché du travail.

Rabia Khedr, directrice nationale de Disability Without Poverty et fondatrice du réseau DEAN, a pointé un problème souvent ignoré dans les discussions autour de l’IA et du handicap : les algorithmes reproduisent les biais de ceux qui les conçoivent. La solution passe par l’intégration des personnes handicapées à toutes les étapes de création des outils, pas seulement à titre d’utilisateurs finaux.

Le transport : le chiffre qui devrait faire réagir

Laurence Parent, conseillère d’arrondissement dans le Plateau-Mont-Royal à Montréal depuis 2023 et titulaire d’un doctorat sur la mobilité des personnes handicapées à Concordia, a partagé un chiffre qui fait réfléchir.

À Montréal, 30 stations de métro sur 68 sont accessibles. Moins de la moitié. Et aucun nouveau financement n’est prévu pour en rendre d’autres accessibles dans les prochaines années.

« On avait bien commencé, et tout s’est arrêté », a-t-elle dit.

Elle a aussi souligné que les bénéfices économiques du transport accessible sont rarement comptabilisés. Un travailleur ou une travailleuse en situation de handicap qui peut prendre le bus pour aller au travail contribue à l’économie locale. Rendre les villes accessibles, c’est un investissement, pas une dépense.

Elle a identifié trois mesures concrètes prioritaires : investir massivement dans les transports en commun et les infrastructures publiques; mettre en oeuvre pleinement la Loi canadienne sur l’accessibilité dans toutes les provinces et territoires; et financer le soutien à domicile, pour permettre aux personnes de sortir, faire leurs courses et maintenir des liens sociaux.

Devanand Maharaj, directeur général de Peel Career Assessment Services Inc. (PCAS) à Mississauga, a appuyé ce point : le transport accessible n’est pas qu’une question de confort. C’est une condition d’accès à l’emploi.

L’emploi : une question de culture, pas d’accommodation

Les discussions sur l’emploi ont montré que quelque chose doit changer en profondeur.

Devanand Maharaj a été direct : les employeurs doivent arrêter de voir l’inclusion des personnes en situation de handicap comme une question d’accommodation. C’est une stratégie de ressources humaines à part entière. Les organisations qui s’y engagent attirent un bassin de talents plus large, renforcent leur culture interne et reflètent mieux les communautés qu’elles servent.

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Rabia Khedr a parlé de son propre parcours. Aveugle depuis l’enfance, elle a dirigé des organisations, siégé à des conseils d’administration et participé à des processus consultatifs fédéraux. Sa conviction : l’inclusion réelle se produit naturellement quand la personne handicapée est aux commandes. En tant que fondatrice, elle n’a pas à soumettre de demande d’accommodation. Elle construit une culture où cette conversation est ordinaire, pas un obstacle administratif.

Elle a aussi nommé une réalité peu discutée : depuis des décennies, on a tenté de convaincre les employeurs en faisant « la business case » du handicap, en vantant la loyauté et le taux de rétention des employé·e·s handicapé·e·s. Ce discours a surtout profité à des consultants valides. Il est temps de passer à autre chose.

Un chiffre à retenir : 27 % des Canadiens s’identifient comme vivant avec un handicap. Près d’un tiers de la population.

Un Canada accessible d’ici 2040 : plan concret ou beau discours?

La Loi canadienne sur l’accessibilité, adoptée en 2019, fixe l’objectif d’un Canada sans obstacles d’ici 2040. La ministre Patty Hajdu a rappelé les avancées lors de son discours d’ouverture : avant la fin de mars 2026, la Prestation canadienne pour les personnes handicapées avait soutenu plus de 292 000 personnes. Plus de 440 millions de dollars ont été investis dans 90 projets via le Fonds pour l’accessibilité depuis l’adoption de la loi.

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Mais plusieurs panélistes ont été directs : 2040, c’est dans moins de 15 ans. Les progrès actuels ne permettront pas d’atteindre la cible si le rythme ne change pas.

Rabia Khedr a résumé ce que plusieurs ont dit différemment : les outils législatifs existent, la feuille de route aussi. Ce qui manque, c’est le rythme.

La vision que les panélistes partagent pour 2040 : un Canada où l’accessibilité est intégrée dès le départ, dans les infrastructures, les technologies, les politiques et les cultures d’entreprise. Un pays qui reconnaît que les personnes en situation de handicap ont des réalités différentes, des besoins distincts et des forces à contribuer.


À suivre

Cet article couvre la première partie du congrès, soit les discussions tenues avant la pause-santé de l’après-midi. La série de conférences « Amplifier les voix, transformer l’action » (14 h 00 à 14 h 45) et les mots de clôture de la secrétaire parlementaire Leslie Church n’ont pu être couverts dans ce texte.

Le gouvernement du Canada a annoncé que l’enregistrement complet et la transcription officielle de l’événement seront partagés avec les participants dans les prochaines semaines. Un article complémentaire paraîtra sur Capable.Media dès que ces contenus seront disponibles.


Foire aux questions

Qu’est-ce que le Congrès canadien sur l’inclusion des personnes en situation de handicap?

Le Congrès canadien sur l’inclusion des personnes en situation de handicap (CCPSH) est un événement annuel organisé par Emploi et Développement social Canada. Il rassemble des leaders, des chercheurs, des élus et des personnes en situation de handicap pour discuter d’accessibilité, d’inclusion et de politique publique. En 2026, il s’est tenu en format virtuel le 27 mai, pendant la Semaine nationale de l’accessibilité, et marquait la 4e édition du congrès.

Qu’est-ce que la Loi canadienne sur l’accessibilité?

Adoptée en 2019, la Loi canadienne sur l’accessibilité fixe l’objectif de rendre le Canada exempt d’obstacles d’ici 2040. Elle s’applique aux secteurs sous réglementation fédérale : transports, télécommunications, banques, gouvernement fédéral et sociétés d’État. Elle a mené à la création du poste de commissaire à l’accessibilité du Canada, actuellement occupé par Christopher Sutton.

Qu’est-ce que la Prestation canadienne pour les personnes handicapées?

La Prestation canadienne pour les personnes handicapées est une prestation fédérale lancée en 2024 pour améliorer la sécurité financière des Canadiens en âge de travailler qui vivent avec un handicap et ont de faibles revenus. Avant la fin de mars 2026, elle avait soutenu plus de 292 000 personnes selon les données présentées par la ministre Patty Hajdu lors du 4e Congrès canadien.

Qu’est-ce que le principe « rien sans nous » en accessibilité?

Le principe « rien sans nous » (nothing without us) signifie que les personnes en situation de handicap doivent être activement impliquées dans la conception, le développement et la mise en oeuvre des politiques, programmes et solutions qui les concernent. Au Canada, ce principe est au coeur de la Loi canadienne sur l’accessibilité et a guidé les travaux du 4e Congrès canadien en mai 2026.

Quelle proportion de Canadiens vit avec un handicap?

Selon les données présentées lors du 4e Congrès canadien sur l’inclusion (mai 2026), 27 % des Canadiens s’identifient comme vivant avec un handicap. Cela représente environ un Canadien sur quatre, ce qui en fait une réalité démographique majeure pour les politiques d’emploi, de transport et de services publics.

Les contenus publiés sur Capable.media ne relèvent pas du journalisme traditionnel. Certains textes peuvent avoir été améliorés avec l’aide de l’intelligence artificielle, toujours révisés par une personne.

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