Embaucher une personne neurodivergente, pour les employeurs du Québec qui l’ont fait, c’est une décision qui a changé leur équipe de façon inattendue. Dans cet article, on parle de personnes ayant une déficience intellectuelle ou dans le spectre de l’autisme. Pourtant, beaucoup hésitent encore. Souvent par manque d’information. Parfois par peur de mal faire.
Un garagiste de la région de Cowansville fait partie de ces employeurs qui ont dit oui. Stephan Marcoux, directeur de Pleins Rayons, lui proposait un de ses apprentis. Deux semaines plus tard, le garagiste rappelait. Pas pour se plaindre. Pour dire que son chiffre d’affaires avait augmenté.
Un modèle bâti sur 10 ans de terrain
Pleins Rayons est un organisme d’inclusion sociale établi à Cowansville, en Estrie. Depuis plus de 10 ans, il accompagne des jeunes adultes ayant une déficience intellectuelle ou dans le spectre de l’autisme à travers un parcours de formation socioprofessionnelle d’environ trois ans. Menuiserie, mécanique de vélos, couture, horticulture, restauration : les apprentis passent par différentes stations de travail, développent des habiletés concrètes, et apprennent surtout à occuper un rôle actif dans leur communauté.
Le bilan est concret : plus de 110 personnes ont été placées dans un emploi rémunéré. La grande majorité occupe encore ce poste aujourd’hui.
Le programme n’est pas un stage. Il a vraiment un but. Quand l’apprenti est prêt, il décroche un vrai emploi. Et Pleins Rayons reste présent après, aussi longtemps que nécessaire.
Ce que les employeurs disent après
Le garagiste n’est pas le seul à avoir vécu cette expérience. En juin 2026, La Voix de l’Est rapportait l’expérience de Chloé Ostiguy, propriétaire du traiteur événementiel L’Archipel, à Cowansville. C’est son quatrième poste inclusif. Elle a embauché Philippe, 26 ans, ayant la trisomie 21, comme plongeur.
Son observation : l’expérience humanise toute l’équipe. Elle souligne aussi quelque chose d’important pour les employeurs qui hésitent encore : sans l’accompagnement de l’intervenante de Pleins Rayons, présente sur place durant les premières semaines, elle ne sait pas si elle aurait renouvelé l’expérience à quatre reprises.
Ce soutien, c’est précisément ce qui distingue ce modèle d’une simple bonne intention.
Embaucher une personne neurodivergente au Québec : ce que les chiffres révèlent
Au Québec, selon les données de l’Enquête canadienne sur l’incapacité de 2022 compilées par le gouvernement du Québec, 67 % des personnes de 25 à 64 ans avec incapacité occupent un emploi, contre 80 % des personnes sans incapacité. Pour les personnes ayant une incapacité plus grave, ce taux descend à 43 %.
L’écart est réel. Mais il ne s’explique pas uniquement par les limitations des personnes. Il s’explique aussi par le manque de ponts entre leur réalité et celle des employeurs.
C’est exactement ce que Pleins Rayons cherche à combler depuis dix ans.
Ce que l’employeur gagne vraiment
Pour Stephan Marcoux, ces personnes ont une résilience et une intelligence émotionnelle remarquables. Elles sont loyales. Elles respectent les consignes. Et quand elles trouvent un poste qui correspond à leurs intérêts, elles s’y investissent avec une constance que bien des équipes envient.
« Ces gens là, la plupart du temps, ont toujours été aidés et n’ont jamais appris à être aidants. Moi, c’était important de montrer qu’eux aussi ils sont capables. »- Stephan Marcoux
Dans le cas du garagiste, l’apprenti dans le spectre de l’autisme avait une passion pour les voitures et la musique des années 70. La clientèle de la station, composée en grande partie de personnes retraitées, partageait exactement cet univers. Le lien s’est fait naturellement. Les ventes de carburant ont augmenté. Le propriétaire dit aujourd’hui que c’est son meilleur employé.
Lire aussi : Et si intégrer une personne avec une déficience intellectuelle apportait plus que vous ne l’imaginez?
Ce que ça implique pour un employeur
L’intégration ne se fait pas seul. Stephan Marcoux est clair là-dessus : Pleins Rayons accompagne l’employeur et l’apprenti sur le terrain, surtout au départ. Et si des besoins se représentent plus tard, l’organisme peut revenir.
Concrètement, voici ce que les employeurs qui travaillent avec Pleins Rayons peuvent attendre :
Une intervenante est présente sur place durant les premières semaines. Elle reste disponible comme point de contact si des besoins de communication se présentent. Des défis peuvent survenir, liés au langage ou au respect des consignes. Ce sont des situations qui se gèrent, avec les bons outils.
De son côté, l’employeur doit avoir de l’ouverture, de la cohérence, et la capacité d’accueillir un rythme parfois différent.
Un modèle qui se distingue du plateau de travail
Les plateaux de travail, beaucoup de gens les confondent encore avec ce que fait Pleins Rayons. Les plateaux traditionnels sont des activités supervisées, souvent sans salaire, qui peuvent durer des années sans déboucher sur un emploi. Pleins Rayons, lui, vise un seul objectif : un vrai emploi rémunéré.
Stephan Marcoux est d’ailleurs très investi au Québec pour dénoncer les pratiques qui maintiennent des personnes dans des stages non payés indéfiniment. Pour lui, le travail mérite un salaire, et la formation doit mener quelque part.
Pour les employeurs qui veulent embaucher une personne neurodivergente, c’est une distinction importante à comprendre.
Lire aussi : Plateaux de travail : des réalités qu’on ne peut plus ignorer
Foire aux questions
Comment contacter Pleins Rayons pour embaucher un apprenti?
L’organisme contacte directement les entreprises de la région et leur propose des candidats selon les postes disponibles. Les employeurs intéressés peuvent aussi prendre contact directement via le site pleinsrayons.ca.
Combien de temps dure l’accompagnement après l’embauche?
Selon le programme national Prêt, Disponible et Capable utilisé par Pleins Rayons, un éducateur accompagne l’employé et l’employeur durant le premier mois de travail. Un encadrement peut se poursuivre au besoin par la suite.
Quels types d’emplois conviennent à une personne ayant une déficience intellectuelle ou une personne dans le spectre de l’autisme?
Les postes avec des tâches structurées et concrètes sont souvent un bon point de départ : plonge, entretien, assemblage, jardinage, service à la clientèle dans des contextes stables. L’adéquation dépend surtout des intérêts et des forces de la personne, pas uniquement du poste.
Quelle est la différence entre un plateau de travail et un vrai emploi?
Un plateau de travail est une activité supervisée, souvent sans rémunération, qui peut durer des années sans mener à un emploi. Un emploi inclusif rémunéré, c’est un poste réel avec un salaire dans une entreprise ordinaire. Le modèle de Pleins Rayons vise explicitement le deuxième.

