Au Québec, les défis liés à l’immigration et au handicap touchent des milliers de familles qui naviguent simultanément dans deux systèmes de services qui ne communiquent pas toujours entre eux. Encore faut-il comprendre le système, obtenir les bons diagnostics, connaître les mots à utiliser et trouver les portes d’entrée.
L’équipe de Capable.Media a rencontré la secrétaire du conseil d’administration de la Fondation Minorité InVisible, Ingrid Caddeo, afin d’approfondir ce sujet complexe mais si nécessaire à aborder.
« La Fondation a été créée en 1991 pour soutenir l’Association multiethnique pour l’intégration des personnes handicapées du Québec. C’est une fondation qui a été mise sur pied pour adresser la double problématique des personnes issues de l’immigration et aussi du handicap, et leurs familles », présente Ingrid.
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L’idée de la Fondation Minorité InVisible est une initiative de parents d’origine italienne, eux-mêmes nouveaux arrivants au Québec, dont les enfants avaient certaines limitations. Au fil du temps, d’autres parents immigrants se sont joints au mouvement. Parmi eux figuraient d’ailleurs les parents d’Ingrid, dont le frère est atteint de spina bifida.
Voyant l’engouement provoqué, l’Association multiethnique pour l’intégration des personnes handicapées du Québec a demandé des subventions afin de fournir des formations et des services aux personnes handicapées et à leurs familles, mais l’accessibilité de ces services était toujours incertaine d’une année à l’autre.
« La Fondation a été créée afin de recueillir l’argent pour la cause ainsi qu’encourager la société à penser à cette double problématique à laquelle beaucoup de nouveaux arrivants en situation de handicap font face », mentionne Mme Caddeo.
Selon l’administratrice de la Fondation, à cette époque, c’était difficile pour l’organisation de se faire reconnaître par les autres organismes venant en aide aux personnes vivant avec un handicap.
« Les organismes pour cette clientèle ne pensaient pas vraiment aux personnes immigrantes et les personnes issues de l’immigration avaient souvent de la difficulté à connaître, obtenir ou à s’adapter à la façon dont les services étaient offerts », relate Ingrid.
Au fil des années, la société a fait preuve d’une plus grande ouverture, ce qui a donné l’occasion à la Fondation de s’impliquer davantage et d’encourager d’autres projets en collaboration avec des organismes afin de les inciter à inclure les personnes issues de l’immigration dans leurs missions.
Le défi de l’adaptation
Une des problématiques les plus courantes chez les personnes immigrantes vivant avec un handicap est qu’elles arrivent avec la croyance que la façon d’obtenir des services sera la même que dans leur pays d’origine. Or, le processus est complètement différent.
« Dans certains pays, on n’a pas besoin de diagnostic et beaucoup de nouveaux arrivants n’en ont même pas. Ils arrivent devant une personne puis ils disent : j’utilise un fauteuil roulant, j’ai besoin d’un service. Quand on leur demande pourquoi ils utilisent un fauteuil roulant, ils ne savent pas », raconte Ingrid.
Au Québec, pour entrer dans le système de santé et avoir accès au CLSC et à une évaluation, il est obligatoire d’avoir un diagnostic. Ce processus prend généralement du temps ou de l’argent qu’une personne nouvellement arrivée au pays n’aura pas nécessairement disponible immédiatement.
Le rêve américain
Une autre croyance fréquente est celle qu’ici, tout est possible.
« Il y a beaucoup de gens qui, selon la problématique, pensent qu’en Amérique du Nord on a la pilule magique pour tous les problèmes et qu’on peut faire guérir leur enfant s’il obtient des classes spécialisées ou des services, par exemple s’il est sur le spectre de l’autisme », explique Ingrid Caddeo.
Plusieurs parents qu’elle a rencontrés croient que si leur enfant fait appel aux services offerts, il aura par la suite la chance de fonctionner normalement.
Mme Caddeo mentionne également que la notion des droits de la personne en situation de handicap diffère d’un pays à l’autre. « Dans certains pays, on pourrait penser qu’elles sont des citoyens de deuxième degré », énonce-t-elle.
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Cela fait partie des raisons qui empêcheraient certaines personnes immigrantes en situation de handicap de demander l’accès à certains services au Québec, car elles ne comprennent pas ce que ça pourrait leur apporter ni même ce que ça signifie concrètement pour elles. Mme Caddeo a d’ailleurs souvent dû faire office de médiatrice entre les travailleurs sociaux du CLSC et les familles de personnes immigrantes vivant avec un handicap, à cause de ces barrières culturelles.
Une vision à long terme
Lorsqu’on lui demande ce qu’elle espère pour le futur de la Fondation, Ingrid Caddeo mentionne qu’elle souhaite donner aux gens la volonté d’implanter plus de projets inclusifs dans la société. Elle espère aussi que les gens cessent de questionner le principe d’offrir des services adaptés aux personnes immigrantes en situation de handicap.
« S’intégrer dans un nouveau pays est déjà assez difficile, ça ne prend pas deux ou trois mois, ça prend des années. C’est encore plus difficile quand quelqu’un de la famille vit une situation de handicap. C’est toute la famille qui subit les conséquences. Si l’enfant ne peut pas toujours aller à l’école ou participer dans la société comme tout le monde, les parents ne pourront pas s’intégrer ni travailler normalement, ce qui aura un impact sur leur quotidien », sensibilise-t-elle.
Mme Caddeo souligne également que le manque de services adaptés peut avoir un impact indirect sur la francisation des familles, qui vont prioriser les soins à la personne à charge plutôt que d’aller apprendre le français en classe.
Écouter l’entrevue avec Ingrid Caddeo sur YouTube
Foire aux questions
Qu’est-ce que la Fondation Minorité InVisible ?
La Fondation Minorité InVisible soutient les personnes immigrantes en situation de handicap au Québec depuis 1991. Elle finance des projets et encourage les organismes à adapter leurs services à cette double réalité.
Pourquoi les immigrants en situation de handicap ont-ils du mal à accéder aux services au Québec ?
Plusieurs barrières existent : absence de diagnostic, méconnaissance du système québécois, différences culturelles dans la perception du handicap, et manque de services adaptés à cette double réalité.
Pourquoi le diagnostic est-il obligatoire pour obtenir des services au Québec ?
Au Québec, l’accès au système de santé, au CLSC et aux évaluations spécialisées exige un diagnostic médical. Beaucoup de nouveaux arrivants n’en ont pas, ce qui retarde leur accès aux services dont ils ont besoin.
Quel impact le handicap d’un enfant a-t-il sur l’intégration d’une famille immigrante ?
L’impact touche toute la famille : les parents peuvent difficilement travailler régulièrement, faire leur francisation ou s’intégrer si leur enfant ne reçoit pas les services adaptés.
Comment la Fondation Minorité InVisible aide-t-elle les organismes québécois ?
Elle finance des projets qui encouragent les organismes à inclure les personnes immigrantes en situation de handicap dans leur mission, et sensibilise la société à cette double problématique encore trop peu reconnue.

