La sexualité des personnes en situation de handicap fait encore débat en 2025. Junna Chif, réalisatrice, souhaite exposer cette réalité à l’écran depuis environ 7 ans.
« Je lisais un article sur une travailleuse du sexe qui voyait des clients handicapés. J’ai
réalisé que ce sujet était encore peu abordé dans les médias. », explique-t-elle.
Junna se forme en France comme accompagnante sexuelle mieux comprendre ses
personnages ainsi que son sujet. C’est après son séjour à l’étranger que le processus
de création de son premier long-métrage a commencé :
« J’ai fait beaucoup de lecture et réalisé des entrevues avec des personnes en situation
de handicap et des travailleuses du sexe. Je voulais vraiment être transparente dans ce
que je montrais à l’écran. », dit-elle.
C’est dans ce contexte qu’elle fait la rencontre de Floyd Lapierre-Poupart, l’un des personnages principaux du long-métrage. Son apparition dans le film était imprévue au départ. « Patrick, l’une des personnes impliquées dans le projet, m’a recommandé à Junna pour parler de ma sexualité. Au fil du temps, j’ai eu un rôle de consultant et elle m’a demandé si je voulais jouer l’un des personnages principaux », se souvient-il.
Invisibles : humaniser le handicap
Junna a aujourd’hui un tout autre regard sur le travail du sexe et la sexualité des
personnes handicapées « Quand j’ai commencé mes recherches, j’ai épluché beaucoup
de préjugés que j’avais sur le sujet, » raconte-t-elle.
Sa démarche lui a permis de déconstruire certaines de ses présomptions de départ «
Ça m’a vraiment permis de découvrir deux nouveaux mondes et d’humaniser le
handicap ».
Pour elle, tous les personnages sont uniques malgré leurs différences. Elle espère que
son film donnera davantage de visibilité aux personnes handicapées, car « le but, c’était
de donner de la visibilité aux personnes qui n’en ont pas. », ajoute-t-elle.
Favoriser l’inclusion
Floyd croit que le cinéma doit être plus inclusif malgré les limitations physiques des
acteurs. Pour lui, chaque personne peut jouer un rôle à l’écran : « Certains rôles sont
plus complexes, mais pour moi, c’est important d’auditionner au moins 2 ou 3 personnes
en situation de handicap pour favoriser l’inclusion. », affirme-t-il.
Lire aussi : Représentation des personnes handicapées dans les médias : à quand des rôles crédibles, pas juste touchants?
Floyd a déjà fait ses premiers pas à l’écran. On peut le voir dans le documentaire du
même nom et dans la série M’entends-tu ? dans le rôle d’Henry, un jeune homosexuel
amoureux de son ergothérapeute.
Dans le cas d’Invisibles, l’occasion était d’ailleurs trop belle. Floyd souhaitait montrer
toute la délicatesse d’une relation intime chez les personnes en situation de handicap. «
Je voulais montrer qu’on avait le droit de prendre notre temps, de vouloir avancer et y
aller à notre rythme. », dit-il.
Un succès inattendu
Le long-métrage a rencontré un succès inattendu lors du festival de films CINÉMANIA
en novembre dernier. Le jury lui a décerné les prix du meilleur film québécois ainsi que
de la meilleure réalisation.
Junna souhaite que son film aille des conséquences durables sur l’industrie
cinématographique. « J’espère vraiment que les gens auront envie de découvrir un
nouvel univers. L’objectif est d’ouvrir des portes en montrant une réalité différente. »
Pour Floyd, il demeure difficile d’imaginer tout le chemin accompli. « J’ai souvent le
syndrome de l’imposteur. Même si je savais que le projet avait du potentiel, c’était
difficile pour moi d’imaginer le résultat final à l’écran. », avoue-t-il.
Il revient sur le projet avec beaucoup de fierté. « Je me sens choyé parce que réaliser
cette expérience était le fruit du hasard. J’espère avoir la chance de représenter des
personnes handicapées dans des rôles plus profonds à l’avenir ».
La sortie en salle est prévue le 13 mars prochain.

