L’accessibilité universelle dans le logement au Québec : un concept payant à long terme

Par : Koralie Boyer, 5 juin 2026
dernière mise-à-jour : 5 juin 2026
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Femme en fauteuil roulant circulant librement dans une cuisine adaptée, illustrant l'accessibilité universelle dans le logement au Québec.
L'accessibilité universelle permet aux personnes en situation de handicap de circuler librement chez elles. Photo : Marcus Aurelius / Pexels

La recherche d’un logement adapté au Québec est une quête complexe pour bien des gens. Plusieurs obstacles comme la hausse du coût de la vie, la pénurie de logements abordables et la pandémie peuvent rendre cette étape encore plus compliquée. Pour les personnes en situation de handicap, l’absence d’accessibilité universelle dans le parc immobilier québécois transforme souvent cette recherche en véritable parcours du combattant.

Les coupures budgétaires gouvernementales s’ajoutent à ce portrait. Elles entraînent la suspension de mesures essentielles comme le Programme d’adaptation à domicile (PAD), dont les nouvelles demandes ne sont plus acceptées depuis le 1er avril 2025. Après avoir déposé un projet de loi visant entre autres l’accessibilité universelle dans le Nouveau Code de la Construction du Québec, le gouvernement provincial a décidé d’abandonner le projet, faute de temps pour satisfaire les parties prenantes, surtout du milieu coopératif.

Suite à la parution d’un article intitulé « Vos logements coûteront (encore) plus cher », rédigé par Charles Lecavalier dans La Presse le 25 mai 2025, qui dépeint l’aspect financier de l’accessibilité universelle, Capable Média a souhaité mettre de l’avant les témoignages de personnes en situation de handicap provenant de différentes régions du Québec ainsi que d’intervenants actifs dans le milieu du logement pour exposer les véritables enjeux qui entourent ce concept.

Trouver un logement adapté au Québec : l’importance de choisir selon ses besoins

Mélanie Paradis-Rioux est une femme de 42 ans résidant à Thetford-Mines, dans la région de Chaudière-Appalaches. Atteinte de paralysie spastique congénitale ainsi que de surdité, Mélanie est actuellement à la recherche d’une maison ou d’un logement adapté qui pourrait accueillir son mari ainsi que son chien.

« Notre maison actuelle, nous l’avons achetée en pleine pandémie. À ce moment-là, plusieurs personnes perdaient leur emploi ou déménageaient rapidement, alors nous n’avons pas vraiment pris le temps de considérer les aspects liés à l’accessibilité lors des visites. Aujourd’hui, ma limitation devient plus difficile, surtout pour monter et descendre les marches. Nous devons donc envisager de trouver une nouvelle maison avec des critères adaptés afin que je puisse y rester le plus longtemps possible », confie-t-elle.

Les escaliers sont des obstacles récurrents pour les personnes vivant avec des limitations physiques lors de leur recherche d’un logement adapté. C’est aussi ce qui a été problématique dans les démarches d’Anne-Marie Bourdeau, atteinte de paralysie cérébrale, lorsqu’elle cherchait à loger sa famille. « Il m’est déjà arrivé de voir un logement ou une maison dont seulement l’entrée soit accessible, l’enjeu est toujours les escaliers. » Comme Anne-Marie se déplace quotidiennement à l’aide d’un fauteuil roulant, le logement idéal requiert aussi l’espace pour qu’elle puisse circuler librement chez elle.

Un enjeu de temps, sur le terrain comme dans les bureaux

Habitant actuellement la région de Montréal, Anne-Marie a bénéficié du programme d’adaptation à domicile pour adapter sa maison actuelle à sa réalité. Le processus avait alors été prolongé en raison de la pandémie de COVID-19. « Nous avons commencé les démarches en janvier 2019, et la subvention a été approuvée en 2021 », relate Mme Bourdeau. Les travaux ont par la suite commencé en mai 2022 et ont duré trois mois, durant lesquels Anne-Marie, son mari et leur fille, Kim, ont dû aller habiter chez sa grand-mère, dans son ancienne maison familiale. « Ça faisait drôle de retourner dans une ancienne routine, Kim était heureuse d’être avec son arrière-grand-mère mais il n’y avait pas tant d’intimité pour le couple. »

Lire aussi : Adapter un milieu de travail pour une personne en situation de handicap : par où commencer?

Surprise ! Lorsque la fin des travaux est arrivée, Anne-Marie et son mari ont constaté que certains travaux effectués ne respectaient pas l’entente du départ. « Le bouton pour ouvrir la porte n’était pas posé du bon côté. Le mécanisme avait été réglé à 3 à 4 secondes d’ouverture au lieu de 12 secondes, ce qui n’est pas assez long pour sortir », raconte Mme Bourdeau. Les travailleurs sont revenus pour ajuster, mais ce problème a occasionné d’autres délais. « J’ai dû aviser l’ergothérapeute, l’ergothérapeute a visité et a remarqué aussi une poignée de porte qui n’était pas conforme », mentionne-t-elle. En tout, cet incident fâcheux a ajouté 2 à 3 semaines de délais supplémentaires avant que la situation soit réglée. Anne-Marie confie que cette situation lui a causé un peu de stress. « L’homme qui est venu était gentil mais j’ai senti que ça ne faisait pas nécessairement son affaire. » Le fait que l’entrepreneur ne reçoive l’argent qu’une fois les travaux complétés explique sûrement pourquoi Mme Bourdeau a ressenti une pression sur ses épaules à ce moment-là, mais les circonstances étaient malheureusement hors de son contrôle. Anne-Marie et sa famille ont aussi fait appel au programme RénoAssistance de Desjardins afin d’obtenir différentes soumissions pour les travaux. « Malheureusement, certains entrepreneurs se sont désistés en raison du long délai de traitement de la demande », explique-t-elle.

Maintenant, Anne-Marie et sa famille peuvent bénéficier d’une maison comportant plusieurs adaptations répondant à ses besoins, dont une entrée accessible et une cuisine adaptée. Mme Bourdeau a également eu la chance d’avoir l’aide de son frère électricien qui lui a installé des interrupteurs plus bas que la normale. « Il faut penser aux coûts et à notre budget car depuis que le programme PAD a été mis sur pause, tous les sous relatifs aux adaptations sortent de nos poches », prévient Anne-Marie.

Une fois votre liste de besoins établie, vous pouvez faire appel à des organismes comme l’Office d’habitation de l’Outaouais, qui vient en aide aux personnes à la recherche d’un logement adapté au Québec. Concrètement, l’OH de l’Outaouais intervient de trois façons : la location de logements adaptés, la construction de logements adaptés ou abordables et l’adaptation de logements déjà existants.

Dans les deux dernières années, l’OH de l’Outaouais a réalisé la construction de 7 logements adaptés de 2 à 3 chambres à coucher grâce à l’ancien programme Accès Logis et le fonds fiscalisé Desjardins. L’un des projets les plus importants pour l’organisation est sans doute son parc immobilier, un ensemble de logements 100 % adaptés comprenant 56 logements partiellement adaptés en fonction des besoins des locataires. « Chaque année, on ajoute de nouveaux ouvre-portes à travers le parc immobilier, grâce à une entente avec des fournisseurs spécialisés sans frais pour les locataires. Cette entente permet aussi d’installer des barres d’appui dans les logements », explique la porte-parole de l’organisme, Karina Osiecka.

Mélanie Paradis-Rioux abonde dans le même sens lorsqu’on lui demande quel conseil elle donnerait à une personne en situation de handicap qui est présentement à la recherche d’un logement : « Il est important de réfléchir à la façon dont vous envisagez votre milieu de vie pour les prochaines années. Je crois sincèrement qu’il faut prendre le temps de penser à ces aspects afin de ne pas se retrouver dans une situation comme la mienne, où je dois maintenant chercher une nouvelle maison pour assurer ma sécurité et pouvoir vieillir le plus longtemps possible chez moi, que ce soit dans une maison ou dans un appartement », déclare-t-elle.

Mme Osiecka mentionne que l’accessibilité universelle ne fait pas peur à l’OH de l’Outaouais car « l’innovation fait partie des 7 valeurs fondamentales de notre organisme ». Elle est également consciente de la différence qu’apporte l’OH de l’Outaouais dans le milieu de l’habitation. « Les personnes à mobilité réduite sont souvent prestataires de la rente d’invalidité et de solidarité sociale et en sachant très bien que cette clientèle est à faible revenu, c’est pour ça que nous trouvons important de continuer à construire des logements pour offrir ce type d’habitations car le besoin est constamment en croissance », affirme Mme Osiecka.

Valoriser son autonomie et être conscient de son environnement

Il faut être également conscient de tous les événements de la vie qui pourraient modifier temporairement votre autonomie, comme une grossesse, selon Anne-Marie Bourdeau. « Je suggérerais de faire une liste de ce que tu as besoin pour être 100 % autonome chez toi parce qu’on ne peut pas toujours prévoir ce qui peut arriver dans l’avenir. Par exemple, la grossesse a beaucoup affecté mon autonomie. J’avais de la difficulté à enjamber le bain », conseille-t-elle.

Maintenant mère de deux enfants, fille et garçon, Anne-Marie a comme projet futur d’emménager avec sa petite famille et leur chat dans une maison plus spacieuse qui comprendrait idéalement 4 chambres accessibles, dont une qui pourrait servir de bureau pour elle et son mari qui sont en télétravail. « L’écart d’âge des enfants et le fait qu’ils soient de sexes différents font qu’ils ne pourront pas partager leur chambre très longtemps », explique-t-elle.

En conclusion, Anne-Marie résume bien ce qu’est l’accessibilité universelle lorsqu’elle dit : « L’accessibilité universelle englobe pour moi tous les handicaps et d’être consciencieux de toutes les réalités. Les déplacements sont déjà assez compliqués comme ça et penser aux parents en situation de handicap aussi, par exemple assurer la présence de tables à langer accessibles dans les endroits publics. »

Faits intéressants concernant l’OH de l’Outaouais

  • En juin 2026, 9 ménages étaient en attente d’un logement abordable
  • En juin 2026, 52 ménages étaient en attente d’un logement subventionné
  • L’OH de l’Outaouais offre un service gratuit d’accompagnement à la recherche de logements aux citoyens de la ville de Gatineau

Questions fréquentes sur l’accessibilité universelle et le logement adapté au Québec

Qu’est-ce que l’accessibilité universelle dans le logement ?

L’accessibilité universelle dans le logement, c’est la conception ou l’adaptation d’un espace pour qu’il soit utilisable par toutes les personnes, quel que soit leur niveau d’autonomie. Cela inclut notamment les entrées sans escaliers, les portes élargies, les salles de bain adaptées et les ouvre-portes automatiques.

Le Programme d’adaptation à domicile (PAD) est-il toujours disponible au Québec ?

Le PAD a d’abord été mis sur pause à l’automne 2024. Depuis le 1er avril 2025, aucune nouvelle demande n’est acceptée par la SHQ, jusqu’à nouvel ordre. Cette suspension a des conséquences directes pour les personnes en situation de handicap qui doivent maintenant assumer elles-mêmes les coûts des adaptations à leur domicile. Des organismes comme l’Office d’habitation de l’Outaouais continuent de soutenir leur clientèle, mais avec des ressources limitées.

Quels organismes aident les personnes handicapées à trouver un logement adapté au Québec ?

Les offices d’habitation régionaux, comme l’OH en Outaouais, offrent des services d’accompagnement, de location et de construction de logements adaptés. Certains proposent aussi des services d’aide à la recherche de logement gratuits pour les résidents de leur territoire.

Pourquoi l’accessibilité universelle bénéficie-t-elle à tout le monde ?

Un logement accessible ne profite pas seulement aux personnes en situation de handicap. Il répond aussi aux besoins des personnes âgées, des familles avec de jeunes enfants, ou de toute personne vivant une limitation temporaire comme une grossesse ou une blessure. C’est un investissement à long terme pour le bien-être de tous.

Comment faire adapter son logement au Québec sans le programme PAD ?

Depuis la suspension du PAD, les options sont plus limitées. Il est possible de faire appel à des programmes privés comme RénoAssistance de Desjardins, à son office d’habitation régional, ou encore de contacter un ergothérapeute pour évaluer les besoins et identifier les ressources disponibles selon sa région.

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