La représentation des personnes handicapées dans les médias au Canada vient de faire l’objet de son premier grand portrait national. L’Office de la représentation des personnes handicapées à l’écran (ORPHÉ) a lancé le 4 juin 2026, « Recadrer l’accès », un guide de pratiques exemplaires de 130 pages destiné à l’ensemble de l’industrie canadienne du cinéma et de la télévision.
Fondé en 2022 à partir des efforts d’Accessibilité Média Inc (AMI-télé), cet organisme canadien bilingue sans but lucratif a pour mission de développer des opportunités pour les créateurs en situation de handicap et de lutter pour une industrie de l’écran plus accessible. Sa vision : une industrie canadienne de l’écran accessible et inclusive où les créateurs en situation de handicap s’épanouissent.
Recadrer l’accès est la première étude du genre au Canada sur la représentation des personnes handicapées dans les médias et dans les équipes de production. Et les données qu’elle contient méritent qu’on s’y arrête. Elles rejoignent aussi des réalités que Camille Chai décrivait déjà en saison 1 de Capable, entreprendre sans limites qui a été produite par l’Office des personnes handicapées du Québec.
Ce que le guide révèle
L’ORPHÉ a mené, de mars à août 2025, le premier sondage national sur le handicap dans l’industrie canadienne de l’écran. 872 personnes ont répondu. 14 groupes de discussion ont été animés à Vancouver, Toronto et Montréal. 105 créateurs et créatrices en situation de handicap ont partagé leur expérience.
Voici ce qu’ils ont dit.
- 44 % des répondants ont eu de la difficulté à obtenir un emploi dans l’industrie en raison de leur handicap.
- 41 % ont eu peu d’occasions d’avancement ou de progression de carrière.
- 28 % ont éprouvé de la difficulté à maintenir leur emploi ou à accéder à de nouvelles occasions d’embauche.
- Seulement 8 % considèrent que leur handicap n’a pas affecté leur trajectoire dans l’industrie.
Et un constat qui dépasse la simple embauche : 16 % des créateurs en situation de handicap indiquent que leur handicap résulte directement de leur travail dans l’industrie. Les causes les plus fréquentes : les environnements de grand stress (63 %) et les tâches physiques répétitives (40 %).
Ce que Camille Chai mettait en mots lors de la première saison de Capable
Conférencière, animatrice, comédienne, Camille Chai travaille dans les médias depuis des années. Née sans bras ni jambe gauche, elle avait choisi le travail autonome en partie pour une raison très concrète : la gestion de l’énergie. On en avait parlé lors de la saison 1 de Capable, entreprendre sans limites, produite par l’Office des personnes handicapée du Québec.
« D’aller travailler, la petite routine que tout le monde a le matin : sortir de chez soi, se réveiller, se préparer, se faire à manger, s’habiller … tout ça, dans mon cas, c’est fait à une main. »
Ce que le rapport de l’ORPHÉ nomme dans ses constats, Camille le décrivait déjà : l’industrie survalorise les longues journées, les échéanciers serrés, la capacité à « surmonter l’épuisement ». Ce sont les termes exacts utilisés dans le guide. Ce n’est pas un hasard. C’est une réalité confirmée aujourd’hui par 105 témoignages.
Le guide pointe aussi la pression que vivent les créateurs expérimentés en situation de handicap à masquer leur handicap pour avancer dans leur carrière. Camille en parlait directement : ne pas vouloir se victimiser, mais devoir quand même expliquer à chaque nouveau client ce que ça implique concrètement de travailler avec elle.
« Il y a des petites difficultés. Quand je disais le terme d’énergie, c’est important pour moi de prendre des pauses, de pouvoir être assise. Mais si je prenais vraiment tout le temps de décrire mes difficultés à mon employeur ou mes collègues, ce serait long. »
C’est exactement ce que l’ORPHÉ appelle la charge de la divulgation. Une réalité peu visible, mais systémique.
Lire aussi : La représentation des personnes handicapées dans les médias : à quand des rôles crédibles, pas juste touchants?
Écouter l’entrevue avec Camille Chai
La représentation des personnes handicapées dans les médias à l’écran : encore en retard
Résultat : 3,3 % des productions comportaient un personnage en situation de handicap. Et cette proportion a diminué au fil des années : de 4 % en 2018 à 2,1 % en 2021.
La représentation des personnes handicapées dans les médias à l’écran (et pas pas seulement en coulisses) accuse le même retard. Le rapport cite une étude du Geena Davis Institute sur 52 longs métrages, 303 épisodes de télévision et 75 téléfilms produits en Colombie-Britannique en 2018, 2019 et 2021.
Une analyse américaine portant sur 350 émissions de 2016 à 2023 (Geena Davis Institute, 2024) révèle quant à elle que parmi les personnages handicapés représentés, seulement 21 % étaient joués par des personnes vivant réellement un handicap.
Sur la question de la représentation des personnes handicapées dans les médias en scénarisation, les chiffres sont tout aussi parlants : les personnes en situation de handicap représentent 4,2 % des scénaristes embauchés sur les séries télévisées canadiennes de 2019 à 2023 pour 27 % de la population (Writers Guild of Canada, 2024).
À AMI-télé, Camille Chai anime Ça me regarde, le seul magazine sur le handicap. Entourée d’une équipe de chroniqueurs, elle y aborde le quotidien des personnes en situation de handicap sous tous ses angles : finances, technologies, santé, voyage, culture.
Un guide qui arrive au bon moment
Enfin, le monde des médias est en transformation. Selon les données citées dans le guide, bon nombre de mesures d’adaptation n’exigent pas un investissement financier, mais un investissement de temps. Le coût médian d’une mesure d’adaptation dans l’industrie de l’écran est estimé à 250 $ US. Sur un budget de production de 5 millions de dollars, intégrer une équipe composée à 25 % de personnes en situation de handicap augmente les coûts de production de seulement 3,23 %.
Foire aux questions
Qu’est-ce que le guide Recadrer l’accès de l’ORPHÉ?
C’est un guide de pratiques exemplaires de 130 pages publié le 4 juin 2026 par l’Office de la représentation des personnes handicapées à l’écran (ORPHÉ). Il s’adresse à l’industrie canadienne du cinéma et de la télévision et couvre l’ensemble du cycle de production, du développement à la postproduction
Quelles sont les principales données sur le handicap dans l’industrie de l’écran au Canada?
Sur 872 répondants au sondage ORPHÉ 2025 : 44 % ont eu de la difficulté à obtenir un emploi en raison de leur handicap, 41 % ont connu des obstacles à l’avancement de carrière, et seulement 8 % estiment que leur handicap n’a pas affecté leur trajectoire dans l’industrie.
Quelle est la proportion de personnes handicapées dans les équipes de scénarisation au Canada?
Selon le rapport ORPHÉ, les personnes en situation de handicap représentent 4,2 % des scénaristes embauchés dans les productions télévisées canadiennes entre 2019 et 2023, alors qu’elles composent 27 % de la population canadienne (Statistics Canada, 2022).
Combien coûte réellement l’adaptation des milieux de travail pour les personnes handicapées dans l’industrie de l’écran?
Selon les données citées dans le rapport, le coût médian d’une mesure d’adaptation est estimé à 250 $ US. Pour une équipe de production composée à 25 % de personnes handicapées, le surcoût représente environ 3,23 % d’un budget de 5 millions de dollars. De nombreuses mesures d’adaptation ne nécessitent aucun investissement financier. Seulement du temps.

