En paracanoë, l’athlète paralympique Mathieu St-Pierre a une règle simple : avancer, même sans motivation. Cette règle, il me l’a dite dans un contexte très précis : lors du lancement de la saison 2 de Capable qui avait lieu le 15 octobre 2025 au Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins Shawinigan (CEADS).
Ce soir-là, je voulais, en plus de faire découvrir la nouvelle saison, qu’on comprenne les valeurs, l’essence et ce qui me motive derrière Capable. Mais je voulais aussi mettre de l’avant un athlète paralympique, parce que j’ai toujours vu des similitudes très fortes entre le sport et l’entrepreneuriat : la discipline, la gestion de l’énergie, la constance, la capacité de se relever après un échec, le besoin d’un objectif clair… et surtout, cette aptitude à trouver des solutions quand le plan A ne fonctionne pas.
Quand on m’a parlé de Mathieu St-Pierre, j’ai trouvé qu’il avait le profil parfait. Ce que j’aime de son parcours, c’est qu’il porte exactement le message que je veux faire passer avec Capable : on peut vivre des obstacles réels, et quand même bâtir quelque chose de solide, de structuré, de performant.

C’est dans une ambiance chaleureuse, humaine et accessible que Mathieu a raconté comment sa vie a changé en 2015. En deux secondes, avec un accident de travail sur une terre à bois : un arbre lui est tombé dessus. Il a subi de sérieuses blessures. Ce dont il se souvient, c’est surtout d’un instinct de survie. Parmi les images qui lui reviennent : les secours, l’hôpital, Montréal. Et au réveil, une autre réalité : il n’a plus l’usage de ses jambes.
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Pagayeur passionné depuis toujours, au début, Mathieu ne pensait pas qu’il allait pouvoir poursuivre ce sport. Ses repères n’étaient plus là. Il devait réapprendre son corps autrement en plus de découvrir un monde qu’il ne connaissait pas : celui des ajustements, des contraintes invisibles, des détails qu’on ne voit pas… jusqu’à ce qu’ils deviennent son quotidien.
Chantal Petitclerc, qui fait partie des invitées de la saison 2 de Capable, est d’ailleurs l’une des personnes qui l’ont inspiré et qui lui ont montré le sport autrement.
Puis arrive le paracanoë. Mathieu l’a dit clairement : ce n’est pas “plus facile” parce que c’est adapté. C’est différent. Et souvent plus complexe qu’on l’imagine, parce que l’adaptation demande de la précision, du matériel, du temps, des essais, des erreurs.
Pour pouvoir pagayer et performer, il a fallu des solutions concrètes : un siège fabriqué, des ajustements pour la stabilité, de l’entraînement répété. Et surtout, du temps. Il lui a fallu environ deux ans pour accepter pleinement sa nouvelle réalité. Deux ans où il voulait encore se reconnaître dans sa vie d’avant, où il cherchait des endroits et des activités qui lui permettaient de se sentir “lui-même”. Et c’est là qu’on comprend quelque chose d’important : son parcours n’est pas une ligne droite. C’est une construction.
Puis un jour, il décide de se fixer un objectif clair. Et à partir de là, tout change. Pour lui, c’est important d’y aller même quand la motivation n’est pas au rendez-vous.
Et cette notion-là, qu’on retrouve dans le sport, parle aussi à l’entrepreneuriat. Parce qu’entreprendre, ce n’est pas être inspiré tous les matins. C’est avancer même quand c’est flou. Livrer même quand c’est lourd. Continuer même quand on doute. Et surtout, remplacer la question « Pourquoi ça bloque? » par « OK… on fait comment autrement? »
Cette mentalité, Mathieu l’explique avec une idée qui l’accompagne depuis longtemps : un gagnant trouve des solutions; ceux qui abandonnent trouvent des raisons d’arrêter. Dit comme ça, c’est direct. Mais dans son histoire, ça ne sonne pas comme un jugement : ça sonne comme une méthode pour rester en mouvement quand c’est plus difficile.
L’autre chose que j’ai apprécié de son intervention c’est qu’il a rappelé l’importance de demander de l’aide. Il a parlé de sa conjointe, de ses proches, des gens qui l’encouragent, qui rendent possible ce qui serait trop lourd seul. Demander de l’aide, au début, a été plus difficile pour lui. Aujourd’hui, il est beaucoup plus à l’aise de dire : « Check, ça va moins bien. » Et ça aussi, c’est un parallèle puissant avec l’entrepreneuriat : demander de l’aide n’est pas un échec. C’est une compétence.
À la fin de l’entrevue, quand je lui ai demandé ce qu’il dirait à quelqu’un qui traverse une passe plus difficile, sa réponse tient en trois gestes très simples : ayez un but. Entourez-vous. Et si vous avez besoin d’aide, demandez-la.
C’est exactement pour ça que je voulais Mathieu St-Pierre au premier plan lors du lancement de la saison 2 à Shawinigan. Parce que son parcours en paracanoë ne raconte pas seulement un sport. Il raconte une façon de fonctionner.
Et si vous ne deviez retenir qu’une chose de lui, ce serait peut-être celle-là : la motivation va et vient. La discipline, elle, peut vous porter. Même les jours où ça ne tente pas. Même quand l’élan n’est pas là. Vous avancez quand même. Une solution à la fois.

