Pour développer sa clientèle quand on travaille à son compte, est-ce que c’est avantageux de raconter son histoire personnelle? L’expérience de Joannie Dupré-Roussel, travailleuse social, montre que parler de soi peut aider à créer un lien, sans garantir de nouveaux clients. Il faut aussi choisir ce que l’on partage et garder des limites entre sa vie personnelle et son travail.
Capable.Media l’a rencontrée dans le cadre de CAPABLE, en conversation. Elle y explique comment elle présente ses services, fait connaître son travail et choisit ce qu’elle partage de sa vie personnelle.
Développer sa clientèle en présentant clairement ses services
Joannie a d’abord réfléchi aux personnes qu’elle souhaitait accompagner et aux services qu’elle voulait offrir. Elle travaille notamment auprès de personnes âgées qui vivent des difficultés cognitives et dans des situations liées à la périnatalité, la période autour de la grossesse et de la naissance.
Pour développer sa clientèle, elle nomme plusieurs moyens : le bouche-à-oreille, les recherches sur le Web ainsi que les liens avec des associations et des organismes communautaires. Avec le temps, ces contacts connaissent mieux sa façon de travailler et les situations dans lesquelles ses services peuvent être utiles.
Pour préparer une présentation de ses services, on peut partir de trois questions : qui peut-on aider, pour quels besoins et de quelle façon? Une expérience personnelle peut ensuite éclairer sa manière de travailler, si elle est utile à la personne qui cherche un service.
En travail social, le répertoire de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec constitue aussi un moyen de rechercher un professionnel. Faire connaître son offre ne passe donc pas uniquement par les réseaux sociaux.
Partager une expérience qui aide à créer un lien
Joannie vit avec le syndrome de Treacher Collins, comme sa fille. Dans sa pratique, elle explique que son vécu du handicap peut l’aider à mettre certaines personnes en confiance. Auprès de personnes âgées, elle n’hésite notamment pas à montrer son appareil auditif pour ouvrir la conversation.
« Je l’utilise vraiment pour mettre en confiance. »
Dans cet exemple, Joannie partage son expérience pour aider la personne à se sentir en confiance. Ça ne signifie pas qu’il faut publier davantage de détails personnels pour se faire connaître. Une expérience commune ne remplace pas les compétences professionnelles et ne veut pas dire que l’on vit les mêmes difficultés.
Avant de raconter une expérience, une question peut aider : qu’est-ce que ce partage permet à l’autre de mieux comprendre? La réponse peut guider le choix des détails utiles, sans obliger à raconter toute son histoire.
Poser ses limites sur les réseaux sociaux
Joannie partage une partie de sa réalité sur les réseaux sociaux. Elle explique toutefois que cette présence publique et son rôle de travailleuse sociale ont longtemps occupé des espaces distincts. Le passage à la pratique autonome les a rapprochés.
Certaines personnes qui la suivent souhaitent recevoir ses services. À l’inverse, des personnes accompagnées peuvent s’abonner à ses comptes. Joannie décrit ces situations comme délicates : elle doit réfléchir à ce que ces contacts changent dans la relation avec la personne accompagnée. Elle a consulté son ordre professionnel et reçu de l’accompagnement pour réfléchir à son identité professionnelle.
Son expérience ne permet donc pas de conclure que parler de sa vie personnelle développe automatiquement une clientèle. Un partage peut donner envie de prendre contact. Il reste ensuite à voir si ses services conviennent à la personne et si elle peut l’accompagner dans de bonnes conditions.
Choisir ce que l’on souhaite garder privé
Joannie raconte aussi que sa façon de partager sa réalité familiale a évolué. Elle réfléchit davantage à ce qu’elle montre de sa fille, au consentement et aux traces laissées en ligne. Ce qui semblait acceptable à un moment peut être réévalué plus tard.
Pour une personne à son compte, ces choix peuvent commencer par quelques questions : quelle partie de mon expérience aide à comprendre ma façon de travailler? Quels détails concernent aussi mes proches? Comment répondre à une demande de services reçue sur un compte personnel? Qu’est-ce que je souhaite garder en dehors de ma présence publique?
Ces questions peuvent aider à choisir quoi partager. Dans une profession encadrée par un ordre, on doit aussi vérifier les règles qui s’appliquent à son travail et consulter les ressources disponibles. L’OTSTCFQ présente notamment des ressources sur la pratique autonome.
Enfin, développer sa clientèle ne demande pas de tout dévoiler. Le parcours de Joannie montre plutôt l’importance de faire comprendre son offre, de créer des relations et d’ajuster ce que l’on partage selon les personnes et le contexte.




