Où en sommes-nous avec les positions des partis sur le handicap au Québec ? Rappelons qu’aux trois débats des chefs, le mot handicap n’a pas été prononcé une seule fois. Depuis mon premier bilan, les choses ont un peu bougé. Le Parti libéral m’a répondu à son tour, et Québec solidaire s’est prononcé sur les médias sociaux. Dans cet article, je fais le point en mettant mon angle à l’avant-plan : celui de l’entrepreneuriat chez les personnes en situation de handicap.
Petit rappel. Comme je ne savais pas pour quel parti voter le 5 octobre 2026, j’ai décidé de poser mes des questions aux partis, sur l’entrepreneuriat des personnes en situation de handicap et sur la façon de mieux les accompagner pour qu’elles puissent développer plus leur autonomie. J’ai raconté ma démarche et les premières réponses dans deux textes : mes sept actions concrètes, et mon bilan sur le handicap et les élections
Avant d’aller plus loin, je tenais à préciser que je ne voulais pas refaire le travail des organismes comme la COPHAN. Mon but était surtout de sensibiliser et d’ouvrir la discussion, parce que mon angle est encore nouveau. Mon angle – qui inclu aussi la valorisation des compétences des personnes en situation de handicap au travail – répond à deux problèmes dont on parle beaucoup : la pénurie de main-d’œuvre et le recul du nombre d’entrepreneurs. Je le documente depuis 2024, et je m’appuie sur la recherche derrière Capapreneur, à laquelle je collabore, dont les résultats seront bientôt dévoilés. Alors je suis allée poser mes questions directement, pour voir avec qui je pourrais poursuivre la réflexion. Me voici avec la suite.
Une troisième réponse : le Parti libéral
Guillaume Normandin, responsable des relations médias pour la Mauricie, m’a répondu par courriel. Il m’a confié que son père vit avec un handicap, et qu’il a fait carrière malgré tout.
Pour lui, en pleine pénurie de main-d’œuvre, on ne peut se priver d’aucun talent. Il parle de plein emploi et de plein potentiel. Il dit vouloir passer le message qu’un employé compétent n’est jamais à exclure à cause d’un handicap. Il a rencontré, pendant la campagne, des organismes qui adaptent les logements, et il propose de réunir ces gens pour réfléchir ensemble à des milieux de travail plus accessibles. Comme les autres, il exprime de l’ouverture, sans engagement chiffré.
Québec solidaire s’est prononcé sur les réseaux sociaux
Québec solidaire n’a pas répondu à mes questions. Mais l’une de ses candidates, Roxane Milot, dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, s’est prononcée sur les réseaux sociaux pendant la campagne.
Dans sa publication du 25 septembre 2026, elle dit que Québec solidaire soutient le projet de loi n° 595, sur l’assistance personnelle autodirigée, porté par la Coop ASSIST de Jonathan Marchand. Elle nomme le capacitisme. Elle rappelle que le Québec et le Canada ne respectent pas la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées. Et elle affirme qu’un gouvernement solidaire déposerait une loi sur l’accessibilité universelle.
C’est la seule prise de position que j’ai vue s’appuyer sur un projet de loi déjà déposé. Je le note comme un fait, sans prendre parti. Et je rappelle que c’est une prise de position d’une candidate sur les réseaux sociaux, pas une réponse à ma démarche ni le programme officiel du parti.
Les positions des partis sur le handicap et l’entrepreneuriat, d’un coup d’œil

La Coalition avenir Québec, le Parti québécois et le Parti libéral m’ont répondu directement, par des représentants et des candidats, avec de l’ouverture, mais rien de chiffré. Québec solidaire, lui, s’est prononcé sur les réseaux sociaux, par une candidate. Le Parti conservateur n’a pas répondu.
Ce sont des représentants et des candidats qui ont montré cette ouverture, pas les chefs. Ils portent les couleurs de leur parti, alors ça compte. Mais personne n’a pris d’engagement officiel.
Sensibles en privé, silencieux en public
Les gens avec qui j’ai échangé rapidement sont sensibilisé au handicap. Un me parle de son père. Une autre, médecin, connaît le terrain. Un troisième vient de la PME et croit au plein potentiel. Je les ai trouvé sincère.
Et pourtant, sur la grande scène, le silence. On dirait une gêne à se prononcer publiquement, comme si le sujet restait tabou.
Lire aussi : Élections : les personnes en situation de handicap oubliées par les chefs (Noovo Info).
Il existe pourtant une feuille de route claire. La COPHAN a transmis aux partis neuf priorités, du revenu au logement, de l’emploi à l’accessibilité universelle. Les idées sont là. Reste la volonté de les nommer et de s’y engager.
Je ne fais le procès d’aucun parti. Des engagements ont déjà été pris par le passé, en 2022 par exemple, et les avancées sont restées inégales.
Nommer le capacitisme
Québec solidaire a employé un mot que je n’utilise pas souvent : le capacitisme. C’est un réflexe. Croire, sans vérifier, qu’une personne handicapée est moins capable. Un employeur qui confie des tâches répétitives à une diplômée en communication. Un client qu’on n’imagine pas derrière un comptoir.
Nommer ce réflexe aide à le voir. Et à le changer. Parce qu’on ne change pas la personne. On change le regard, et l’environnement autour.
Lire aussi : « Capacitisme » et « validisme » : de nouveaux mots pour décrire une réalité qui perdure
Ce que je retiens
Trois partis m’ont répondu. Un s’est prononcé. Un est resté silencieux. C’est déjà plus qu’il y a quelques semaines. Mais le vrai test viendra après le vote, quand les promesses devront devenir des gestes.
C’est mon dernier texte sur le sujet pour cette campagne. J’ai posé mes questions, rapporté les réponses, et nommé ce qui manquait. La suite appartient à celles et ceux qui seront élus.
Les personnes en situation de handicap ne demandent pas qu’on décide à leur place. Elles demandent d’être dans la discussion. Rien pour nous sans nous.
Pour être transparente, tout ça est une démarche personnelle. Je ne représente aucun organisme, ni aucun parti. C’est ma façon à moi de documenter et de sensibiliser les gens à l’entrepreneuriat chez les personnes en situation de handicap. Je reste disponible si vous avez des questions.
Foire aux questions
Qu’est-ce que le capacitisme?
C’est un préjugé envers les personnes en situation de handicap. Le réflexe de croire, sans vérifier, qu’une personne est moins capable à cause de son handicap. Nommer ce réflexe aide à le reconnaître et à le corriger.
Qu’ont répondu les partis aux questions sur l’entrepreneuriat et le handicap ?
De manière générale, il y a eu de l’ouverture. Les représentants et les candidats à qui j’ai parlé étaient prêts à échanger et à collaborer. Mais aucun engagement clair, et rien de la part des chefs. Le Parti conservateur, lui, n’a pas répondu.

