Manifestation pour l’accessibilité universelle : la débrouillardise derrière la marche

Par : Kim Auclair, 5 octobre 2026
dernière mise-à-jour : 5 octobre 2026
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Cinq membres du GAPA, souriants, à la manifestation pour l'accessibilité universelle, à Montréal, le 3 octobre 2026. À l'avant : Léo Gauthier et François Bernier en fauteuil roulant motorisé, et Jérôme Saunier, en fauteuil roulant manuel. Derrière, debout : Élisa Thibault et Jérôme Plante, qui tient une canne blanche. Deux pancartes : « Nothing about us without us! » et « Inaccessible, c'est inacceptable! »
De gauche à droite : Léo Gauthier, Élisa Thibault, Jérôme Plante, François Bernier et Jérôme Saunier, membres du GAPA, à la manifestation pour l'accessibilité universelle du 3 octobre 2026, à Montréal. Absent de la photo : Arnaud Gendreau, responsable des communications, qui l'a prise.

Une manifestation pour l’accessibilité universelle a réuni une soixantaine de personnes à Montréal, le samedi 3 octobre 2026, selon les organisateurs. C’était la troisième édition, à deux jours des élections québécoises. Capable.Media n’était pas sur place. Mais le média a suivi la préparation à distance et a contribué, à sa façon, en écrivant la première version du communiqué de presse.

Capable.Media s’intéresse à la débrouillardise et aux capacités des personnes en situation de handicap, encore trop peu valorisées. Voici comment les organisateurs s’y sont pris.

Une demande, puis un oui

François Bernier a lancé cette manifestation en 2024. Il est l’un des invités de la saison 1 de Capable. Dans son quartier, le Plateau-Mont-Royal, il était déçu de voir combien d’établissements restent inaccessibles aux personnes à mobilité réduite. Il a donc mobilisé son entourage sur les réseaux sociaux et organisé une première « grande roulade et marche ».

En 2025, Léo Gauthier s’est joint à l’organisation. Cette année, Élisa Thibault, que Capable.Media a déjà interviewée, leur a demandé si elle pouvait prendre le lead avec eux. « Ils ont dit oui », raconte-t-elle.

De là est né le Groupe d’action pour l’accessibilité (GAPA), fondé en 2026. Le groupe veut mettre les personnes handicapées au centre des décisions qui les concernent, et faire de l’accessibilité universelle une responsabilité collective.

C’est avant tout un travail d’équipe.

Lire aussi : À une marche de l’accessibilité universelle

Une organisation faite en ligne

La préparation s’est faite en grande partie sur le Web : messages écrits, messages audio, rencontres en visioconférence, documents partagés. Chaque membre a participé avec le moyen qui lui convenait.

Arnaud Gendreau, directeur général de Promo-Accès et membre du GAPA, a mené les communications. Le communiqué de presse, lui, a été retravaillé à plusieurs dans un document partagé. « Tout le monde a travaillé ensemble », dit Élisa.

Chacun sa force

Les rôles n’étaient pas fixés d’avance. « Le processus a commencé lentement parce qu’on se demandait un peu qui ferait quoi », raconte Jérôme Saunier, membre du GAPA. « Mais les membres ont fait preuve d’initiative et de débrouillardise. » Les choses se sont réglées assez vite, selon les capacités et les limites de chacun.

Cette façon de faire informelle lui convient. Léo Gauthier, de son côté, croit que le groupe gagnera à mieux définir les rôles pour la suite.

D’où vient l’expertise

Les détails d’accessibilité de la marche viennent de Léo, et cette expertise s’est construite sur quinze ans.

Léo vit avec une surdité, est autiste et se déplace en fauteuil roulant électrique. Son entourage compte des personnes sourdes, des personnes qui vivent avec une maladie chronique et des personnes qui ont une déficience intellectuelle. Ces dernières, Léo les côtoie depuis quinze ans.

« J’ai acquis beaucoup de connaissances et de compétences par ce biais », dit Léo, pour qui l’accessibilité est devenue une passion. Des organisateurs d’événements font appel à ses conseils. Léo dit avoir participé à une consultation sur les nouveaux plans du Jardin botanique de Montréal. Léo accompagne aussi Saveurs du bonheur, une coopérative créée par et pour des personnes ayant une déficience intellectuelle, en aidant à coordonner son démarrage et son fonctionnement.

S’entendre, en discutant

« Ce qui a été le plus difficile à organiser, c’est notre dynamique d’équipe et la coordination de la ligne du temps », dit Léo. Beaucoup de choses devaient être discutées. « À travers la discussion, nous avons pu nous entendre et collaborer de manière très positive. »

Jérôme, lui, n’a pas vu de difficulté particulière. Le groupe prévoit un bilan pour préparer la suite.

Une manifestation pour l’accessibilité universelle où chacun pouvait suivre

Le groupe a choisi un trajet d’environ deux kilomètres, surtout en terrain plat, au départ du Parterre du Quartier des spectacles. Une station de métro accessible se trouve à 350 mètres. Des fauteuils étaient offerts en prêt. Des bénévoles étaient sur place. Les personnes qui le souhaitaient pouvaient attendre le retour du cortège au point de départ. Celles qui se déplacent plus lentement étaient invitées à se placer en avant, pour donner le rythme.

Jérôme avait imprimé des slogans et les avait collés sur de grands cartons, pour les distribuer. Parmi eux : « Inaccessible, c’est inacceptable! » et « Accessibilité! Tout le monde est concerné! »

« OK, on s’est rendus »

Pour Léo, le moment le plus fort est arrivé juste avant le départ, en accueillant les gens et en voyant la foule grossir. « Il y avait un soulagement. Un certain : OK, on s’est rendus. »

Élisa nomme le nombre de personnes, le discours, et « les gens qui chantent en chœur pour une première fois ».

Pour Jérôme, la plus grande joie est venue des passants. « L’approbation de plusieurs personnes rencontrées en chemin », dit-il. « Signe que notre message porte au-delà de la population directement concernée. »

Le chanteur Martin Deschamps, lui aussi invité à la saison 1 de Capable, s’est joint au groupe, en invité surprise. Des élues de Québec solidaire et des élus municipaux ont aussi marché avec eux.

Ce que le groupe demande

Le GAPA adresse quatre demandes aux partis : une loi-cadre sur l’accessibilité universelle, le financement des services nécessaires à l’autonomie, un accès plus simple aux services, et la participation des personnes concernées aux décisions. Son principe : rien sans nous.

Ce que ça montre

Le groupe le dit lui-même : organiser cette marche n’a pas demandé tant de travail. Il a fallu de la volonté, de l’engagement et un travail d’équipe. Coordonner à distance. Répartir les rôles. Prévoir les besoins de chacun. Régler les désaccords par la discussion. Faire connaître l’événement.

Dans un environnement qui leur convient, ces personnes donnent leur pleine mesure. On dit souvent que l’avenir économique du Québec repose sur l’innovation et sur la relève entrepreneuriale. Ces qualités, on les cherche partout. Ces personnes les ont déjà.

Élisa se dit fière d’elle. Elle aime quand on fait appel à son leadership. Cette année, elle a demandé la place. Deux personnes lui ont fait confiance. Elle a livré.


Foire aux questions

C’est quoi, l’accessibilité universelle ?

C’est concevoir les lieux, les transports, les services et l’information pour que tout le monde puisse les utiliser de la même façon, avec ou sans handicap. Une rampe d’accès sert autant à une personne en fauteuil roulant qu’à un parent avec une poussette.

Pourquoi le GAPA demande-t-il une loi-cadre sur l’accessibilité ?

Le groupe veut une loi qui fixe des obligations, des échéances et des sanctions claires, pour rendre accessibles les établissements ouverts au public, le transport collectif, les services essentiels et l’information publique.

Comment rendre son commerce accessible à Montréal ?

La Ville de Montréal offre le Programme d’aide à l’accessibilité des commerces, une subvention qui couvre 90 % des dépenses admissibles, jusqu’à 40 000 $. Les détails sont sur le site de la Ville.

Comment organiser un événement accessible ?

Quelques bases : un lieu sans marches, près d’un transport accessible. Un trajet court et plat s’il y a un déplacement. Des bénévoles pour aider. De l’information claire à l’avance sur ce qui est prévu. Et surtout, des personnes concernées dans l’équipe qui organise.

Qu’est-ce que le capacitisme ?

C’est le réflexe de croire, sans vérifier, qu’une personne est moins capable à cause de son handicap. Nommer ce réflexe aide à le reconnaître et à le corriger.

Comment suivre ou joindre le GAPA ?

Le Groupe d’action pour l’accessibilité a une page Facebook et un compte Instagram. On peut aussi lui écrire à groupeaction.accessibilite@gmail.com.

Les contenus publiés sur Capable.media ne relèvent pas du journalisme traditionnel. Certains textes peuvent avoir été améliorés avec l’aide de l’intelligence artificielle, toujours révisés par une personne.

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