Concevoir pour soi, est-ce concevoir pour tous? C’est la question de cet épisode de CAPABLE avec Maria Julia Guimaraes et Kim Auclair.
Concevoir un produit à partir de son expérience demande aussi de comprendre les besoins des autres. Maria Julia Guimaraes, designer UX, fondatrice et PDG de Totum Tech, en a fait une étape centrale de son travail autour de Libero. Dans cet épisode de CAPABLE, elle explique à Kim Auclair comment une solution imaginée pour elle-même l’a amenée à écouter d’autres personnes et à revoir sa manière de concevoir.
Maria Julia vit avec la maladie de Raynaud. Son expérience l’a conduite à développer Libero, un système qu’elle présente dans l’entrevue comme un vêtement muni de capteurs et relié à une application mobile, destiné à anticiper les crises et à réchauffer les mains. La discussion porte surtout sur le travail derrière cette idée : apprendre, poser des questions et vérifier si une solution répond aussi aux besoins des autres.
Comment une solution personnelle devient-elle un projet d’entreprise?
Le réflexe de chercher des solutions remonte à son adolescence. Maria Julia raconte avoir grandi dans une famille où l’on prenait les problèmes en charge et où l’on cherchait à améliorer les situations du quotidien.
Au départ, son projet répond à ses propres difficultés. Elle conçoit une première solution, puis cherche à la valider sur elle-même. Lorsqu’elle y voit un potentiel pour d’autres personnes, sa démarche change. Elle décide de créer une entreprise et de chercher du soutien dans l’écosystème entrepreneurial québécois.
Elle participe aussi à des incubateurs internationaux. Dans l’entrevue, elle explique vouloir apprendre à connaître les besoins de personnes qui vivent dans d’autres régions du monde. Son expérience donne une direction au projet; les échanges lui permettent d’en élargir la portée.
Pourquoi écouter avant de concevoir?
La compétence de Maria Julia se voit dans les questions qu’elle pose. Comprendre une condition, pour elle, demande d’examiner ses effets dans la vie quotidienne, les gestes qui deviennent difficiles et les situations qui échappent au regard des autres.
Elle raconte avoir échangé avec environ 70 personnes pour mieux comprendre leur réalité avec Raynaud. Certaines rencontres ont lieu en personne, d’autres en ligne ou par des formulaires partagés dans des groupes de soutien. Elle précise que sa propre expérience ne représente pas nécessairement celle des autres.
Ce travail de recherche nourrit les choix de conception. Il permet de vérifier les besoins avant de tenir une solution pour acquise, puis de revenir vers les personnes concernées pour recueillir leurs réactions.
Comment cette écoute se traduit-elle dans Libero?
Dans l’épisode, Maria Julia présente un gant noir, ses capteurs, sa batterie et son lien avec une application mobile. Elle décrit un système conçu pour détecter les signes annonciateurs d’une crise et produire de la chaleur de manière proactive.
Le choix du vêtement s’appuie sur les habitudes des personnes consultées : les gants font déjà partie de leur quotidien. L’objectif de conception est donc de proposer une solution qui s’intègre à des gestes familiers.
Maria Julia présente également une application prévoyant des commandes vocales et un fonctionnement avec des lecteurs d’écran. Elle raconte avoir organisé des discussions avec des personnes concernées pour recueillir leurs réactions à l’application et évaluer sa place dans leur quotidien. Ces échanges montrent comment l’accessibilité entre dans les décisions de conception.
Quels besoins restent invisibles dans les environnements ordinaires?
Maria Julia décrit des difficultés qui peuvent être peu reconnues, parce qu’elles ne se voient pas. Elle évoque notamment le froid et la climatisation d’un bureau comme des situations pouvant affecter son quotidien avec Raynaud.
Elle parle aussi de la méfiance envers des symptômes invisibles. Dans sa démarche, faire connaître ces réalités et écouter les personnes concernées participe au même travail : reconnaître un besoin pour pouvoir y répondre.
La discussion invite ainsi à regarder les environnements de travail, les outils et les façons de recueillir les besoins. Une difficulté peu visible peut demeurer absente des décisions si personne ne prend le temps de l’explorer.
Que peut-on retenir pour ses propres projets?
Pour expliquer le design inclusif, Maria Julia évoque les abaissements de trottoir. Pensés pour faciliter les déplacements des personnes en fauteuil roulant, ils peuvent aussi servir à d’autres personnes, notamment celles qui circulent avec une poussette. Elle parle également des sous-titres et de leur utilité dans différentes situations d’écoute.
Ces exemples ramènent à sa méthode : s’impliquer, comprendre les besoins et apprendre de l’expérience des autres. Concevoir à partir de son vécu peut être un point de départ. Pour savoir à qui une solution peut servir, il faut ensuite ouvrir la conversation.
Une piste concrète pour le prochain projet : rencontrer des personnes concernées assez tôt pour que leurs réponses puissent encore modifier les choix.
Pour prolonger la réflexion sur les environnements et les milieux de travail, lire aussi : Idéaux et le design inclusif : bâtir une société pour tous.










