Handicap et élections au Québec. Deux sujets qui me donnent l’impression de ne pas aller ensemble. Vous l’avez peut-être remarqué pendant la campagne de 2026. Comme je ne savais pas pour qui voter cette année, j’ai décidé de poser mes questions aux partis, pour m’aider à voir lesquels montrent une ouverture à améliorer les services destinés aux personnes en situation de handicap. Je ne parlerai pas pour celles et ceux qui vivent des défis différents des miens. Ce qui m’intéressait, et ce que j’ai demandé aux partis, c’est ce qu’ils comptent faire pour les personnes en situation de handicap qui souhaitent entreprendre et prendre plus de place dans la société, et comment mieux les accompagner. Deux m’ont répondu.
Oui, je le sais. C’est un angle mort. C’est encore nouveau comme sujet. Mais il faut savoir que oui, au Québec des personnes en situation de handicap entreprennent. Elles démarrent des entreprises, créent leurs occasions, parfois des emplois. On en parle peu, et encore moins en campagne électorale.
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Mais avant de vous résumé mes échanges avec les partis et ce que je retiens du dernier débat diffusé sur Radio-Canada, je dois vous mettre en contexte.
Cette année, j’ai décidé d’ouvrir la troisième saison de CAPABLE avec Daniel Jean, directeur général de l’Office des personnes handicapées du Québec. L’entrevue sera disponible dès le 7 octobre 2026. Daniel et moi avons parlé, en gros, de l’importance d’un bon environnement.

C’est simple. Quand une personne peut entrer dans un commerce, utiliser un service, se déplacer pour travailler, elle prend sa place. Elle développe son potentiel. Quand l’environnement ne suit pas, elle reste à la porte. C’est vrai dans la vie de tous les jours. C’est vrai aussi quand on veut entreprendre.
Selon Daniel, environ 21 % de la population vit avec une incapacité. C’est près d’une personne sur cinq autour de nous. Des clients, des employés, des voisins. Et parfois, des personnes en situation de handicap décident d’entreprendre. Pour se sentir utiles, pour rester actives, ou par nécessité, après plusieurs déceptions face au marché du travail. Ça peut vouloir dire créer un produit, un service, un organisme sans but lucratif, devenir artiste, conférencier ou athlète. Plusieurs avancent sans soutien adapté à leur réalité. Elles réussissent à s’entourer, mais pour trouver du financement, par exemple, elles font preuve de beaucoup de débrouillardise. Elles trouvent des solutions simples à des problèmes de société, s’adaptent vite, et innovent sans le savoir. Et tout ça, en gérant constamment leur énergie.
C’est le message que je porte depuis la fin de la saison 1 de CAPABLE, qui avait d’abord été produite par l’Office des personnes handicapées du Québec avant d’être reprise de façon indépendante par mon entreprise. Ce message visait, et vise toujours, même dans la nouvelle formule, à montrer que le handicap n’est pas un frein à la créativité, à l’innovation et à l’entrepreneuriat, tout comme à rappeler aux personnes en situation de handicap qu’elles peuvent créer leurs propres occasions, et qu’elles gagnent à le faire, pour elles comme pour la société et le regard porté sur le handicap.
Ma démarche
Je tiens à préciser que ce texte ne prend parti pour personne. Il pose des questions et rapporte des réponses.
Ma démarche a été simple. J’ai suivi ce qui se dit dans la communauté du handicap au Québec. J’ai contacté les partis de ma région, à plusieurs reprises. J’ai posé les mêmes cinq questions à chacun. J’ai offert de répondre par écrit, par Zoom, par téléphone ou en personne, en moins de quinze minutes. J’ai même fini par ramener ma demande à une seule question, pour faciliter les choses. Plusieurs mois avant, j’avais aussi regardé au-delà de ma région, entre autres en assistant au Congrès canadien de l’inclusion en ligne, et en échangeant avec des personnes du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario, réputés plus avancés en matière d’entrepreneuriat chez les personnes en situation de handicap.
Ceux qui m’ont répondu sont un représentant de la Mauricie pour la Coalition avenir Québec, et une candidate du Parti québécois. D’autres ont accusé réception ou tenté de faire suivre ma demande, sans réponse au moment d’écrire ces lignes. Certains n’ont pas répondu. L’invitation reste ouverte à tous.
Je suis très consciente qu’en campagne, le temps manque. Mais les personnes en situation de handicap votent. Elles ont droit à ce qu’on les mentionne dans les discours politiques. Elles ont droit à des réponses claires. À noter que je rapporte leurs mots, sans les valider ni les juger. À vous de vous faire une idée.
Ce que les partis m’ont répondu
La Coalition avenir Québec
Guy Veillette est le candidat officiel de la Coalition Avenir Québec (CAQ) dans la circonscription de Laviolette–Saint-Maurice. Il m’a répondu par courriel. Il connaissait déjà CAPABLE. Il était venu au lancement de la deuxième saison pour représenter Marie-Louise Tardif, députée sortante.
Pour lui, les personnes en situation de handicap font partie de la solution à la pénurie de main-d’oeuvre. Avec le vieillissement de la population dans la région, il faut aller chercher tous les talents disponibles. Il trouve bonne l’idée d’une campagne de sensibilisation des employeurs. Il pense qu’elle devrait inclure les employés des entreprises, pour montrer que ces personnes participent au succès d’une organisation. Il rappelle qu’un outil existe déjà, le Contrat d’intégration au travail, et il demande ce qui manque par rapport à ce qui se fait. Il m’a aussi proposé de rencontrer une personne en situation de handicap bien intégrée en emploi, et de partager des histoires qui marchent.
Le Parti québécois
Élodie Murphy-Gauthier, candidate du Parti québécois dans Laviolette-Saint-Maurice, médecin de famille et urgentologue à Shawinigan, a accepté une entrevue par Zoom. Le sujet était nouveau pour elle, et elle l’a dit franchement.
Elle explique que la campagne porte sur des thèmes précis, et que l’entrepreneuriat des personnes en situation de handicap n’en fait pas partie pour l’instant. Mais elle dit que l’approche de son parti est déjà tournée vers l’autonomie et la reconnaissance des compétences. Elle se montre ouverte à explorer un programme, surtout parce qu’il existe une recherche sur le sujet. Si elle est élue, elle propose qu’on se revoie quand les résultats seront publics, pour regarder ce qui est possible. Sur les milieux de travail, elle parle d’abord de l’accès aux infrastructures publiques, où l’État peut montrer l’exemple, et du transport adapté, un enjeu dans la région. Elle cite aussi un projet de loi porté par son parti sur l’autonomie et la sortie des CHSLD, comme signe de sa sensibilité au sujet.
Ce que j’en retiens
Même si j’ai trouvé que la réponse de Guy Veillette s’éloignait de l’angle que je proposais, soit l’entrepreneuriat chez les personnes en situation de handicap et non l’employabilité, les deux, à leur façon, m’ont montré une certaine ouverture à en discuter s’ils sont élus. Et pour les deux, j’en conclus que le sujet est neuf.
Handicap et élections au Québec : ce que le terrain demandait au même moment
Pendant que j’attendais des réponses, les organismes, les personnes actives sur le sujet, les proches rappelaient que le handicap restait absent de la campagne. Le besoin de changement et d’engagements était là, visible, pour quiconque voulait écouter ce qui se passe sur le terrain. Plusieurs ont même proposé des recommandations concrètes.
Le débat des chefs a réuni les cinq partis, pendant deux heures, autour de cinq thèmes : la santé, l’insécurité économique, le mur budgétaire, l’avenir du Québec et un Québec fou de ses enfants. Il a été offert en LSQ, avec un médaillon d’interprétation. Ça, c’est un vrai gain d’accessibilité, d’ailleurs, et ça mérite d’être souligné.
Pendant ces deux heures, le mot handicap n’a pas été prononcé une seule fois. On a parlé des aînés, souvent. Des personnes vulnérables, des personnes en situation d’itinérance, des familles. Jamais des personnes en situation de handicap.
Je comprends qu’un débat ne peut pas tout couvrir. C’est normal. Ce qui m’a frappée, c’est autre chose. Pendant le débat, on a aussi donné la parole à des citoyens. On a entendu une femme sans médecin de famille, un mécanicien inquiet pour sa région, une enseignante immigrante dont le permis de travail allait expirer, un travailleur étranger. De vraies voix, de vraies inquiétudes. Mais aucune personne en situation de handicap. On a parlé des personnes immigrantes, par exemple. Je me suis même demandée si les partis sont sensibilisé aux réalités des personnes immigrantes qui vivent aussi avec un handicap.
On a parlé de réinventer l’école. Beaucoup. De décrochage, de sport, de santé mentale, d’école privée. On a bien mentionné, au passage, les élèves à besoins spécialisés. Mais les façons différentes d’apprendre, l’accompagnement, les aides pour celles et ceux qui voudront un jour entreprendre, créer leurs occasions, se rendre utiles et laisser leur trace, rien.
Je l’ai déjà dit, je sais que le sujet est nouveau, et que ce n’est pas une priorité. Je comprends. D’autres enjeux liés au handicap doivent être réglés avant l’entrepreneuriat. Mais nommer l’intérêt d’agir pour les personnes en situation de handicap. Juste ça. Une seule fois, ça aurait suffi.
Nommer le handicap
On est en 2026. Je me demande pourquoi le mot handicap n’a pas été prononcé par les partis lors des débats. Je suis convaincue que juste le fait de le dire aurait eu un impact positif dans la communauté.
Ça me fait penser aux services destinés aux entrepreneurs au Québec. Sur leurs sites Web, les mots utilisés sont « pour tous », « inclusifs », « ouverts à la diversité ». L’intention est bonne. Mais quand le mot handicap n’apparaît nulle part, les personnes concernées ne savent pas que ça les vise. Elles ne savent pas que le personnel est sensibilisé. Oui, c’est vrai que certaines personnes n’y porteront pas attention, mais plusieurs vont passer leur tour.
Pour moi, nommer, c’est ouvrir la porte. C’est dire à quelqu’un : oui, c’est aussi pour toi. Et c’est rappeler au grand public que ces personnes sont là.
Et ça touche plus de monde qu’on pense. N’importe qui peut se retrouver en situation de handicap demain, après un accident, une maladie, en vieillissant. Ce qu’on adapte pour les personnes en situation de handicap finit par servir à tout le monde. Les proches aidants. Les personnes qui vieillissent. Nous, plus tard.
L’intelligence artificielle, on en parle partout. Ça change la façon de travailler, d’apprendre, d’entreprendre. Elle touche aussi les personnes en situation de handicap, souvent de près. Au débat, un chercheur a posé la question de l’IA. Les réponses ont parlé d’éthique, d’économie, d’encadrement. Personne n’a parlé de ceux qu’elle peut aider, ni de ceux qu’elle risque de laisser derrière. C’est un bon exemple. Sur chaque grand sujet, ces personnes devraient être dans la discussion, pas à côté.
Juste nommer. Une fois. Ça aurait déjà été un pas. Une façon de se démarquer des autres partis.
Je pense à une situation précise pour illustrer ce que je veux dire. Au fédéral cette fois. En mars 2025, le poste de ministre de la Diversité, de l’Inclusion et des Personnes en situation de handicap, occupé jusque-là par Kamal Khera, a été supprimé. Ses responsabilités ont été intégrées à un autre ministère, et le poste n’a pas été recréé par la suite. Un rôle existait pour les aînés, un autre pour les femmes, un pour l’enfance et la jeunesse. Pour les personnes en situation de handicap, rien. Le Réseau national pour les personnes en situation de handicap, qui regroupe plus de 40 organismes pancanadiens, a écrit au premier ministre pour dénoncer cette absence. Quand on cesse de nommer, ça se sent.
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On le voit aussi dans les réactions de personnes en situation de handicap sur les médias sociaux, découragées que le mot n’ait toujours pas été prononcé.
Ce qui se fait ailleurs
Dans les Prairies, un programme fédéral est consacré aux entrepreneurs en situation de handicap : le Programme d’aide aux entrepreneurs ayant une incapacité. Il offre du mentorat, de la formation, de l’aide pour l’équipement, et parfois des prêts. Au Québec, je n’ai pas trouvé d’équivalent dédié. C’est justement le genre de porte qu’un parti pourrait décider d’ouvrir. Et je trouve ça intéressant : quand on encourage l’entrepreneuriat chez les personnes en situation de handicap, on améliore aussi des solutions et des services qui aident beaucoup plus de monde que l’on pense.
Je dirais même que si le gouvernement ne veut pas porter ce dossier lui-même, il pourrait donner une plus grande place à ceux qui ont la volonté de s’impliquer dans la société. Une personne en situation de handicap dans chaque grand secteur : la santé, l’éducation, l’entrepreneuriat. Je n’en fais pas une recommandation officielle. C’est juste une piste de réflexion. On revient toujours au même principe : rien pour nous sans nous.
Démarrer une entreprise n’a jamais été aussi accessible. Le numérique, incluant l’intelligence artificielle, réduit les obstacles. On peut lancer un projet de chez soi. Mais démarrer et durer, ce sont deux choses. Le soutien qui aide à tenir dans le temps, lui, manque encore. Et quand on parle de travail, il faut accepter d’être flexible, s’adapter au rythme de chacun.
Les personnes en situation de handicap que j’ai rencontrées au fil des saisons de CAPABLE ne se définissent pas par leur handicap. Elles n’attendent pas qu’on décide à leur place. Elles avancent, elles créent leurs occasions. Mais pour que ça dure, il reste à leur en donner les moyens, en modifiant leur environnement pour qu’elles puissent atteindre leur plein potentiel.
Foire aux questions
Quels programmes existent déjà pour les entrepreneurs en situation de handicap au Québec?
Des services généraux existent, comme Services Québec, Evol, les municipalités ou le sociofinancement. Du côté de l’emploi, le Contrat d’intégration au travail passe par l’employeur. Mais je n’ai pas trouvé de programme québécois dédié aux entrepreneurs en situation de handicap. Dans les Prairies, un programme fédéral leur est réservé.
Pourquoi parler d’entrepreneuriat, et pas seulement d’emploi?
Parce que l’entreprise permet d’adapter le travail à sa réalité : son rythme, son énergie, ses besoins. Pour plusieurs, c’est une voie vers l’autonomie quand le marché du travail reste fermé. L’emploi et l’entrepreneuriat vont ensemble, mais l’entrepreneuriat est souvent oublié.
Où trouver des statistiques sur l’entrepreneuriat chez les personnes en situation de handicap au Québec?
Sur Capapreneur. Une recherche est en cours. Ses résultats complets seront bientôt publics.

